Un célèbre écrivain, Peter Neal, auteur de romans policiers est invité à Rome à l’occasion de la sortie de son best-seller, « Ténèbres ». C’est alors qu’une série de meurtres est commise dans l’entourage de l’écrivain. Il décide, avec sa secrétaire Anna de mener sa propre enquête.
Après avoir mis la barre très haut du « giallo » avec Les Frissons de l’Angoisse et Suspiria, Dario Argento entame la décennie 80 avec l’un de ses meilleurs opus et prouve qu’il est encore en pleine possession de ses moyens. L’intrigue sert presque de prétexte pour mettre en scène (brillamment) les nombreuses séquences de meurtres sanglants qui sont désormais sa marque de fabrique. Massacres à l’arme blanche, au rasoir ou à la hache, Ténèbres se présente comme un nouvel opéra de l’horreur signé par le maitre italien qui sait prendre le virage du « slasher », devenu mondialement reconnu avec les Vendredi 13, Halloween et bientôt la série des Freddy. Les acrobatiques mouvements de caméra, les pulpeuses victimes terrorisées, le suspense constant et surtout un mystérieux tueur que l’on ne voit jamais agrémentent une ambiance anxiogène, accentuée par les compostions musicales particulièrement efficaces du groupe des Goblin (déjà auteurs de Suspiria). Contrairement à ses oeuvres des années 70, Ténèbres va plus directement dans le vif du sujet, traine moins en longueurs et surtout filme Rome comme un lieu déshumanisé et glacial. Il semblerait que le cinéaste se soit inspiré de sa propre expérience pour raconter les mécanismes du harcèlement, des lettres anonymes et des tréfonds de l’âme humaine. Du côté de l’enquête policière à proprement parler, le script s’avère beaucoup plus attendu et même un peu morne.
Argento met en pratique une véritable esthétique de la mort, montrée frontalement et dans toute sa fascinante beauté visuelle. Il travaille là en collaboration étroite avec Lamberto Bava, fils de, alors lui même devenu réalisateur de films d’épouvante très proches d’Argento. Le casting comprend des noms comme John Saxon, Anthony Franciosa, Ania Pieroni, Lara Wendel et la toujours fidèle muse Daria Nicolodi: pourtant aucun ne brille par un jeu significativement marquant. La violence, le gore et la manipulation du spectateur par des rebondissements en rafale (surtout le dernier quart d’heure) font de Ténèbres un des derniers grands films d’Argento, en tout cas un de ses plus contrôlés et percutants.
ANNEE DE PRODUCTION 1982.



