Prague, 1951. Malgré un passé irréprochable et un engagement constant contre le fascisme, un homme politique tchécoslovaque de premier plan est accusé d’espionnage pour le compte des Etats Unis. Torturé physiquement et moralement pendant 22 longs mois, il est finalement prêt à avouer. Mais avouer quoi??
Après Z qui avait fait grand bruit, Costa Gavras continue son exploration minutieuse des tourments de la Guerre Froide en adaptant l’autobiographie d’Arthur London, héros de la Résistance, militant infatigable de la cause communiste et déporté par les Allemands dans un camp de concentration. London raconte dans son livre comment le régime socialiste à tenté de le contraindre à des aveux en l’enfermant, le torturant, lui enlevant toute dignité. L’Aveu, pour aussi démonstratif que soit sa mise en scène (Costa Gavras directement touché par le sujet puisque sympathisant communiste lui même), est une oeuvre dure, éprouvante mais nécessaire. Elle montre le calvaire d’un homme, dévoile la réalité des purges staliniennes et la honte des procès truqués, explore aussi la lente destruction mentale d’un homme qui ne comprend même pas ce qu’on lui reproche. Gavras entend de nouveau dénoncer tous les totalitarismes, se dresser contre les fausses croyances, condamner les méthodes d’un régime finalement encore pire que le nazisme. Par d’incessants retours en arrière et d’interrogatoires épuisants, L’Aveu se pose en film politique didactique certes, fastidieux par moments, glaçant à d’autres et représente sûrement le film le plus sombre de la carrière de Costa Gavras. Fortement réaliste, sans une seule note de musique qui viendrait « casser » la dynamique angoissante de la répétition des actes, le scénario de Jorge Semprun s’acharne à nous faire entrer dans la tête de London, afin de mieux ressentir son épuisement, son désespoir, son affaissement psychologique progressif.
Tout naturellement et après avoir tant défendu publiquement Arthur London et son expérience vécue, c’est Yves Montand et Simone Signoret qui ont été choisis pour donner corps à cette histoire avec leurs tripes et aussi leurs engagements bien connus au Parti Communiste. Signoret n’a que quelques scènes presque périphériques en jouant Lise London, son épouse se heurtant au silence bureaucratique avec une sobriété exemplaire, et Montand décroche la timbale avec ce rôle puissant qui demeure le plus marquant de son parcours. Les souffrances qu’il s’inflige (par la perte de poids notamment), afin d’incarner au plus près cet homme à terre que l’on continue de piétiner, soulève l’admiration unanime. Dans le cas de l’Aveu, on peut affirmer sans se tromper combien le cinéma a la faculté de faire réfléchir, d’offrir un constat alarmant sur l’état du monde et quand le film s’achève, on réalise combien les promesses fallacieuses faites par le communisme ont forgé des idéaux et de terribles déceptions pour ceux qui croyaient en elles.
ANNEE DE PRODUCTION 1970.



