Le film retrace, de 1936 à 1966 à travers l’Allemagne nazie et le second conflit mondial, trente ans de la vie tumultueuse de Léni Gruyten, née en 1922.
Le livre d’Heinrich Boll, foisonnant, intense et ardu avait été un succès littéraire timide, mais obtint un flot de critiques positives qui aboutiront à une adaptation au cinéma par le réalisateur yougoslave Aleksandar Petrovic, auteur du très beau J’ai même rencontré des tziganes heureux. Portrait de groupe avec dame ne réussit malheureusement pas son passage à l’écran en bout de course. Ce n’est nullement la faute à la réalisation, pas si mauvaise en soi, Petrovic choisissant l’axe difficile de la multiplicité des points de vues. La faute en incombe totalement à deux faiblesses énormes: le scénario en premier lieu. Confus, indigeste jusqu’à en devenir pénible, le script ne trouve jamais la note juste pour décrire la vie de cette femme à trois époques de sa vie, montre très mal combien le nazisme et la guerre ont influé sur sa psychologie et son état mental. En deuxième, le montage: bordélique, incompréhensible, revenant en arrière en permanence au point de brouiller la temporalité et de perdre le spectateur le plus pointu. Fassbinder aurait peut être pu apporter un vrai souffle au portrait de Léni, femme passée du mysticisme au communisme, toujours victime de persécution (sans doute pour lui faire payer son non adhésion à la dictature hitlérienne). Cette oeuvre revient sur les heures les plus sombres de l’Allemagne, sur les opposants au régime, sur ceux dont on a voulu faire taire la voix. Mais tout nous apparait mal fichu, raconté n’importe comment, malgré l’implication d’une belle distribution.
Aux côtés de Michel Galabru et de l’américain Brad Dourif, la toujours incroyable Romy Schneider s’empare du rôle de Léni et s’y identifie pleinement: une femme meurtrie, jugée, devant faire face aux démons de son passé dans un pays qui n’accepte pas la défaite et croule sous sa pesante culpabilité. Acceptant de se vieillir, d’être filmée aussi bien à son avantage qu’en pleurs nourris, Romy la perfectionniste met tout son coeur dans ce personnage… sans parvenir à rehausser le niveau général. Le film, présenté en compétition officielle à Cannes en 1977, fut très fraichement accueilli et sa carrière en salles carrément catastrophique. Difficile d’être indulgent avec pareil pensum!
ANNEE DE PRODUCTION 1977.



