Agé de 73 ans, l’ex président français Emile Beaufort jour toujours un rôle central dans a vie politique de son pays. La rédaction de ses mémoires lui permet de revenir sur son parcours et d’évoquer ses relations avec Philippe Chalamont, sur le point de devenir président du conseil…
Le « cinéma de Papa » comme le prénomma les jeunes loups de la Nouvelle Vague coulait encore quelques beaux jours au début de la décennie 60, alors que les Godard et Truffaut avait déjà dépoussiéré le style démodé des productions en studio. Henri Verneuil échappe plus ou moins encore à leur vindicte, après notamment la sortie de La Vache et le Prisonnier, une comédie en temps de guerre avec Fernandel et cette oeuvre politique à la gloire de Jean Gabin. Le réalisateur s’empare d’un roman de Simenon sur les arcanes et les dessous du pouvoir, décrivant le déroulement des affaires courantes dirigées par les hommes au gouvernement, les petites compromissions qu’ils prennent les uns envers les autres, etc… Verneuil se soucie bien peu de sa mise en scène, engoncée dans des décors intérieurs sans grande âme, que l’on peut juger désormais très surannée. Il se réfugie derrière les mots et les dialogues affutés de Michel Audiard, au talent reconnu, pour structurer le squelette de son film. Le Président nous entraine dans les coulisses d’un milieu fascinant de l’extérieur, où il vaut mieux être d’une éloquence remarquable pour ne pas se laisser écraser par l’adversaire. C’est un portrait corrosif d’un chef d’Etat faisant le bilan de sa vie et de ses actions, entre anarchisme et conservatisme, dont la séquence centrale se déroulant à la Chambre des députés sert de colonne vertébrale au scénario. Il est amusant de voir que ce président ne veut en aucun cas composer avec l’Europe des banquiers (ce qui traduit bien l’époque des faits), de nos jours cela parait impensable!
Tout entier écrit et porté par Gabin donc, impérial avec sa stature et son verbe haut, Le Président célèbre aussi la performance de Bernard Blier en arriviste pas si malin que ça, fait basculer le film dans un duel de titans, l’un trop intègre et l’autre calculateur et avide d’ambition personnelle. Si Verneuil aurait dû revoir sa copie concernant sa réalisation, il peut en tout état de cause compter sur l’habileté d’Audiard pour accrocher le spectateur sur un sujet pas foncièrement évident (pour ceux que la politique rebute). Et sur Gabin à qui revient la charge d’incarner cette figure, croisement entre Jaurès et De Gaulle.
ANNEE DE PRODUCTION 1961.



