Un homme, une femme, se rencontrent pour assouvir un fantasme sexuel. Mais insidieusement, des sentiments se font jour et une vraie relation se crée. Le sexe n’est plus la seule chose qui les unit…
Venu tout droit de Belgique, Frédéric Fonteyne a démarré par des courts métrages avant de se lancer dans l’aventure du format long et fut remarqué avec ce second opus au titre un peu racoleur et surtout mensonger. Car de pornographie, il n’en sera nullement question dans ce script minimaliste contant la rencontre d’un homme et d’une femme dans le but de réaliser un fantasme, refusant de dévoiler leurs noms, leurs situations de famille, leurs métiers. Fonteyne essaie surtout de capter l’essence du désir, l’excitation du moment précédant l’acte sexuel, l’extase du moment X, les questions et les doutes qui s’ensuivent. Ces deux êtres, en s’abandonnant à leurs corps respectifs et en faisant table rase de leurs vies quotidiennes, vivent des instants suspendus, de la jouissance indicible, de ce qui ne peut se définir dans une alchimie des sens. Le film, à la mise en scène délicate, garde toute la pudeur requise, ne versant jamais dans la vulgarité ou le graveleux, Fonteyne filmant d’ailleurs plus les visages, les regards de ce couple que leurs ébats (une seule séquence de chambre qui n’a pas vocation à émoustiller les esprits). Le scénario cherche à capter les dérapages conduisant peut être au début d’une relation amoureuse, en tout cas traque les sentiments naissants, de ceux que l’on ne voit pas venir. Face caméra, l’un et l’autre racontent ensuite le déroulement de leurs rendez vous hebdomadaires, la tournure que prend leurs liens, d’où un important débit de monologues (auquel on adhère ou pas!).
En amants anonymes, Nathalie Baye et Sergi Lopez assurent par leur jeu sensible, leur grande attention au texte, leur manière de s’approcher tout en restant à bonne distance pour prendre le temps de « regarder l’autre ». L’actrice de La Balance trouve en tout cas un joli rôle à défendre et remporte la Coupe Volpi de la meilleure interprétation à Venise. Bien qu’épuré et inhabituel, le film dit beaucoup de choses sur l’intimité, les secrets inavouables de l’attirance physique, lorgne du côté du cinéma de Deville, s’achève aussi naturellement qu’il a commencé, comme un coeur battant qui soudain ne donne plus signe de vie. Comme une histoire d’amour qui n’aurait pas eu le temps de prendre son envol. Presque comme un cri déchirant dans un silence pesant.
ANNEE DE PRODUCTION 1999.



