Petite dactylo, Lucienne envoie sa photo pour le concours de Miss France. Elue, elle devient Miss Europe dans la foulée. Sera t-elle fidèle à son fiancé ou se laissera t-elle griser par la gloire ? Telle est la question.
Entrepris dans la toute dernière année du cinéma muet, sous l’égide d’un scénario écrit par René Clair, Prix de Beauté a joué de malchance! La déferlante du parlant réclamée alors par les producteurs et le public contraint Clair de renoncer à le réaliser et passa la main au médiocre Augusto Genina, beaucoup moins doué dans son domaine. Cette histoire toute simple d’une jeune fille rêvant de devenir Miss France en secret et se heurtant au refus de son petit ami n’ a rien de bien exaltant sur le papier. Il aurait fallu justement un vétéran de la caméra pour donner de l’épaisseur au propos et faire de ce roman photo un poème tragique. Le défaut majeur du film réside hélas dans la postsynchronisation véritablement catastrophique apposée à la va vite, ne collant même pas aux mouvements des lèvres des comédiens et souffrant d’un décalage réellement gênant. La fluidité du récit s’en trouve amoindri, les séquences s’enchainant mal par la faute aussi d’un montage hasardeux. Prix de Beauté reste intéressant du point de vue « documentaire », puisqu’on voit comment les journaux de l’époque lançaient les concours de beauté et la manière dont les jeunes candidates étaient ensuite montées au pinacle… quand elles avaient la chance d’être retenues. Mais les longueurs et les approximations de la mise en scène nous font plus d’une fois regarder la montre!
Deux qualités pourtant importantes sauvent Prix de Beauté de l’indigence complète! La première c’est la présence en rôle principal féminin de Louise Brooks, la divine interprète de Pabst dans Loulou. Recrutée en France, elle y joue donc doublée bien sûr (car ne parlant pas un mot de français), mais peu importe: sa photogénie et son magnétisme singulier happe la caméra comme seules Garbo et Dietrich pouvaient le faire pareillement. Même si son personnage n’est pas « fouillé » psychologiquement, on ne voit qu’elle et c’est un bonheur rare. La seconde chose, c’est la fin du film! Les quatre dernières minutes, absolument sublimes (et d’ailleurs imaginées à la base par Clair), alternance de gros plans et d’images prises sur un écran de cinéma diffusant un film tourné par l’héroïne pour consacrer sa nouvelle gloire et en contrepoint, le sort terrible qui l’attend par la main de son amoureux déçu. Accordons alors à cette oeuvre oubliée une petite chance d’être redécouverte.
ANNEE DE PRODUCTION 1930.



