Au milieu des années 70, les informations à la télévision changent. Le journalisme perd en effet pied face au pouvoir de l’argent et la besoin croissant de divertissement. Une rédaction se bat alors pour maintenir son audience sans se compromettre.
Le réalisateur américain Sidney Lumet s’était emparé de thèmes comme la justice avec son brillant et mémorable Douze Hommes en colère ou comme la police avec son polar urbain Serpico. Il eut ensuite envie de s’attaquer au milieu de la télévision et de ses coulisses impitoyables avec Network sous la forme d’une satire mordante et visionnaire. Le scénario, écrit avec une intelligence pointue, par Paddy Chayefsky (ancien membre du parti communiste) décrit la corruption, les jeux de pouvoir, les coups bas d’un monde refermé sur lui même et qui ne jure que par les chiffres de l’audimat et des audiences scrutées à la loupe. Lumet pointe du doigt l’emprise absolue du média TV sur les populations accrochées à leur poste, buvant les paroles d’un présentateur de JT star débitant tout ce qu’il pense de l’Amérique et du pouvoir en place. Bien que les dialogues -très écrits et avec une profusion par moments assez « lourde » soulèvent des questions pertinentes sur l’éthique, la perte de morale, l’absence totale de toute sentimentalité. Network semble mettre en scène des êtres robotisés, dénués de toute émotion (à l’exception du responsable de l’information, Max, évidemment bientôt licencié), des brutes vulgaires oubliant toute notion de générosité et de coeur. D’ailleurs, la romance entre Max et Diana, la jeune femme aux dents longues uniquement captivée par les bénéfices de sa chaine, se présente presque comme une « respiration » dans la charge virulente qui fait l’essentiel du métrage. L’énergie de la mise en scène, pourtant relativement classique, met en relief les prédictions prémonitoires du propos et annonce la télévision à venir les décennies suivantes (jeux bêtifiants, télé réalité , séries de faits divers, émissions politiques racoleuses).
Lumet a superbement dirigé ses comédiens et son casting a été largement récompensé à l’Académie des Oscars. Celui de la meilleure actrice pour Faye Dunaway, parfaite en garce sans scrupules, celui du meilleur second rôle féminin pour Béatrice Straight en une seule séquence d’à peine six minutes. Et pour la première fois, un Oscar posthume pour Peter Finch, décédé avant la sortie du film, et vraiment impressionnant en looser halluciné beuglant sa rage à la face du monde. N’oublions pas de citer William Holden et Robert Duvall, tout aussi impeccables. L’influence dévorante de la TV, vue comme une aliénation volontaire: en d’autres termes, une oeuvre d’anticipation sur la société dans laquelle nous sommes actuellement, où l’information ressemble davantage à de la désinformation!
ANNEE DE PRODUCTION 1976.



