Sous le soleil brûlant de Maspalomas, aux îles Canaries, Vicente savoure depuis vingt-cinq ans une retraite insouciante. Mais un accident l’arrache à son paradis. Rapatrié à Donostia, il est placé par sa fille dans une maison de repos où le temps semble figé et où ressurgissent les fantômes du passé. À nouveau contraint de masquer son identité, une seule idée l’obsède : s’évader… et retrouver la liberté de Maspalomas.
Dans la masse de films gays qui sortent chaque année, Maspalomas se distingue nettement en nous menant là où l’on ne s’attend pas forcément. Le film débute comme l’excellent L’Inconnu du Lac de Guiraudie, avec du sexe, de l’alcool, de la fête et de folles parties dans les lieux de dragues les plus emblématiques des Iles Canaries. Puis, au bout d’environ vingt minutes à peine, changement radical de ton et de décor: Vincente, personnage principal, joyeux retraité de 75 ans, passe de la lumière à l’obscurité suite à un AVC qui le laisse diminué et le contraint d’intégrer un EPHAD médicalisé. Dès lors, fini de rire: les réalisateurs basques José Marie Goenaga et Altor Arregi décrivent son quotidien dans un environnement sinistre où il tente de guérir afin de retrouver sa vie d’avant. Maspalomas traite ainsi de la solitude homosexuelle, de la prise de conscience de la vieillesse, du désir qui demeure mais empêché et amoindri et surtout ose évoquer la sexualité des seniors avec franchise: un fait peu répandu dans le cinéma espagnol, comme dans le cinéma tout court d’ailleurs! Les auteurs ne versent pas pour autant dans la déprime avec quelques séquences notables de comédie. Finalement, Vincente passe du statut de gay mal assumé auprès de ses proches (notamment sa fille) à celui de pensionnaire devant encore dissimuler sa véritable nature. Le tact de la mise en scène parvient à nous toucher avec ce destin personnel qui pourrait être celui de n’importe quel gay, où qu’il soit dans le monde.
Maspalomas nous permet de découvrir un acteur espagnol étonnant de justesse du nom de José Ramon Soroiz, récompensé aux derniers Goya pour son interprétation nuancée et émouvante. Ses partenaires (Nagore Aramburu et Kandido Uranga) consolident un casting aussi bien choisi que dirigé. Bien que soulevant des questions comme le changement du corps et la menace de perdre son autonomie, Maspalomas évite avec succès de sombrer dans un mélo facile que l’on aurait déjà trop souvent vu et entretient un espoir de revenir vers la lumière et les plages du début pour continuer encore à s’amuser, rigoler, baiser, plaire, vivre. Parce qu’après tout, même les « vieux » ont droit à une petite part d’insouciance avant de rendre leurs derniers souffles.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



