Un couple sans enfant demande à adopter. Mais l’enquête préalable met à jour la vie secrète du mari…
Ce sixième long métrage de l’actrice américaine Ida Lupino traite frontalement d’un sujet peu « vendeur » et rarement évoqué dans un film de studio: la bigamie. Ainsi, après avoir parlé courageusement du viol dans Outrage, elle dresse le portrait d’un homme bigame -presque par le « hasard » des circonstances- qu’elle prend soin de ne pas juger trop vite. Certes, son héros a transgressé la loi en épousant deux femmes, mais Lupino se place du point de vue de cet homme racontant l’enchainement des situations l’ayant conduit à se trouver dans ce « dilemme » insoluble. Elle le filme comme un personnage de film noir, alors qu’elle insiste aussi sur sa droiture morale, ses scrupules, son incapacité à gérer son vide affectif et Bigamie ne se veut pas un film à charge contre un comportement humain intolérable, il décortique aussi les sentiments des deux femmes par le biais d’un récit complexe où finalement chaque « partie » a ses raisons et son jugement propre. Avec une étonnante économie d’effets dans sa mise en scène, Ida Lupino contourne avec habileté le versant mélodramatique tentant de son sujet et essaie de « voir plus loin ». Bigamie n’est ainsi pas une dénonciation moralisatrice, plutôt une approche sensible du phénomène et des retombées directes sur la vie du « trio » sentimental.
En être déchiré et divisé, l’acteur Edmond O’Brien livre une belle prestation sensible, plutôt rare dans les personnages masculins décrits à cette époque là dans le cinéma américain. Le scénario, en partie signé par Collier Young, ancien mari d’Ida Lupino, joue des nuances et des ambigüités et se penche intelligemment sur deux histoires d’amour très différentes vécues pourtant en simultané. Joan Fontaine incarne la première épouse, désireuse d’adopter un enfant après avoir passé des années à penser à sa carrière professionnelle et elle est parfaite dans le registre de la semi froideur matinée de séduction. Quant à Ida Lupino, elle joue l’autre femme, avec autant de talent et de présence, cumulant bravement la double casquette d’actrice et de réalisatrice! En résulte un film certes pas incontournable, mais en tout cas étonnant et assurément à voir!
ANNEE DE PRODUCTION 1953.



