Tom, un adolescent de 17 ans, méprisé par ses camarades de classe, a pour confidente la femme d’un de ses professeurs qui l’écoute et tente d’apaiser ses peines. Le jeune homme, sensible et passablement efféminé, est vu comme un « faible » par les autres…
Au commencement, une pièce signée Robert Anderson qui avait rencontré un succès notable sur scène et que le réalisateur Vicente Minnelli transpose donc à l’écran dans une Amérique puritaine et conservatrice de la décennie 50. Thé et Sympathie raconte les bouleversements d’un tout jeune adulte confronté à ses différences d’intérêt (lecture, poésie, théâtre) comparé à ses camarades masculins attirés par le sport, les sorties, etc… De là à parler d’homosexualité, il n’y a qu’un pas! Que le cinéaste ne franchit pas de manière tranchée, faisant de son jeune héros un garçon renfermé, craintif, hésitant, charrié en permanence par ses copains qui le surnomment la « fifille »! L’amitié qu’il noue avec Laura, l’épouse d’un de ses profs lui ouvre la voie vers d’autres possibles: s’accepter comme étant « différent » et même flirter insidieusement avec elle jusqu’à la séduire malgré lui! Minnelli ne filme pas une liaison « interdite », par contre il tourne dans des décors exigus renforçant le sentiment d’oppression du campus universitaire, la rigidité des mentalités, le rejet de tout ce qui n’est pas à priori dans « la norme ». Sa mise en scène, tenue et pleine de tact, parvient à nous toucher, même si elle respecte le cadre imposé par le texte originel et laisse une sensation de théâtre filmé.
Bien que dotés du même nom de famille, à savoir Kerr, Deborah et John n’ont aucun lien de parenté dans la vie et jouent respectivement Tom et Laura, accordés comme deux violons plaçant chaque note à leur juste place. Minnelli les dirige avec un soin particulier, tirant de leur prestation une émotion contenue. Ce qui lie ces deux êtres finalement est moins une attirance non exprimée qu’une solitude profonde (lui pour être mis de côté par autrui, elle par son statut de femme enfermée dans un mariage conventionnel). L’air de Plaisir d’Amour fredonné par le jeune homme ajoute de la douceur à un récit qui en contient déjà beaucoup. En prime, la flamboyance du Technicolor rapproche le film des mélodrames de Douglas Sirk, bien que Minnelli privilégie la délicatesse et ne sombre jamais dans le pathos. Thé et Sympathie paraitra sûrement bien prude à la génération actuelle, mais demeure une des oeuvres les plus sensibles du cinéma américain.
ANNEE DE PRODUCTION 1956.



