La prometteuse soprano Christine Dubois est une jeune femme très courtisée, à la fois par le chanteur lyrique Anatole Garron et l’inspecteur Raoul D’Aubert. Mais elle a également un prétendant secret, ancien violoniste de l’Opéra de Paris défiguré par une projection d’acide, qui hante les catacombes de l’édifice…
D’un roman français signé Gaston Leroux paru en 1910, Le Fantôme de l’Opéra connut pas moins de cinq adaptations sur grand écran depuis les débuts du cinéma. Après celle fantastique de 1925 avec un Lon Chaney faramineux, le studio Universal, spécialisé dans le genre épouvante lança un remake en 1943 dont il confia la réalisation à Arthur Lubin, auteur de Black Friday, un polar noir avec Bela Lugosi et Boris Karloff. Cette version comporte de très beaux moments comme les duos lyriques, la chute du lustre pendant le spectacle et le final dans les égoûts de Paris, les décors élaborés par Hal Mohr (Oscar pour lui!), et surtout un Technicolor naissant de toute beauté avec une dominante de pastel, de violet et de rouge. Lubin met le paquet sur l’enveloppe esthétique de son film, sans doute au détriment de l’intrigue qu’il édulcore un peu comparé au récit originel. Ainsi, si l’on perçoit bien sûr l’amour et même l’obsession de Claudin, le violoniste déchu, pour la jeune chanteuse d’opéra lyrique pour qui il deviendra le monstre du titre, le développement de sa dangerosité reste insuffisant et un peu expédié. L’aspect romantique du mythe de la Belle et la Bête saute surtout aux yeux dans l’ultime quart d’heure grâce à un climax remarquable.
La chanteuse se voit incarnée par une débutante, Susanna Forster, aux traits similaires à ceux de Deanna Durbin, offrant un jeu tout à fait correct et surtout une tessiture de voix impeccable, lui permettant de ne pas être doublé pour les scènes chantées. Le baryton Nelson Eddy lui donne la réplique, sans doute moins étincelant dans le jeu que dans le chant. Enfin, le distingué et raffiné Claude Rains a la lourde tâche de succéder à Lon Chaney dans le rôle du fantôme horriblement défiguré: il l’interprète avec sobriété et de ce fait crée plus de compassion à son égard que de répulsion. En résumé, cette version colorée du livre de Leroux demeure un film très recommandable, quand bien même il n’a pas la beauté tragique de celle de 1925.
ANNEE DE PRODUCTION 1943.



