Directrice d’un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d’y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l’écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.
Le japonais Ryusuke Hamaguchi a déjà connu les faveurs de la critique et du public hexagonal avec deux oeuvres passées, Drive My Car et Le Mal n’existe pas. Avec Soudain, il pose sa caméra en France et nous dispense rien de moins qu’une leçon de cinéma. Tout en sensibilité, délicatesse et rigueur, il parvient à maintenir notre attention sur une durée pourtant conséquente de 3H15 et nous bouleverse avec un récit qui réussit le prodige d’être à la fois remuant et apaisant. Contant l’amitié profonde de deux femmes (une directrice d’EPHAD au bord du burn-out et une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer incurable), Soudain déploie ses ailes magnifiques autour du langage (de longues plages de dialogues d’une exigence rare), d’un lien spirituel extrêmement fort, et traite de thèmes aussi divers que le capitalisme, les conditions de travail du personnel soignant, la maladie, la déchéance et la mort bien sûr en bout de course. Jamais cependant on ne peut se plaindre d’un scénario qui aurait pu facilement tomber dans le larmoyant, au contraire l’humanisme et la douceur se dégagent constamment avec un tact infini. Hamaguchi impressionne par sa mise en scène presque « invisible » qui nous terrasse d’émotion, sans forcer quoique ce soit. Même si le mot de « bienveillance » parait de nos jours un peu galvaudé, cette notion prend ici tout son sens et ne revêt aucun caractère de mièvrerie. Dans ce monde brutal, sans cesse pressé de tout et pour tout, les passages où les êtres se reconnectent entre eux par les yeux et par le corps (notamment par le massage des pieds) viennent comme un interlude rassurant et thérapeutique.
Soudain tient également sur sa distribution. Le duo féminin Virginie Efira/ Tao Okamoto impose une grâce telle et un jeu si limpide qu’elles ont toutes deux remporté le Prix d’Interprétation à Cannes. Efira continuant à tracer un sillon de plus en plus remarquable et tenant sûrement ici le plus beau rôle de sa carrière. N’oublions pas de citer tout de même Kodai Kurosaki, un acteur japonais d’une justesse inouïe, ainsi que Marie Bunel dans un second rôle d’infirmière revêche. Hamaguchi n’oublie pas de faire un clin d’oeil à son compatriote Yasujiro Ozu dans un plan de toute beauté, où, d’une colline sur laquelle les deux héroïnes s’ouvrent mutuellement l’une à l’autre, un train passe en contrebas, signifiant la fuite du temps, le bonheur éphémère, la vie qui s’écoule tout simplement. Laissez vous envelopper par ce film miraculeux!
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



