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BRIGITTE BARDOT

1934/ ?

Celle qui allait devenir le plus célèbre sex symbol mondial avec Marilyn Monroe naquit en septembre 1934, dans une famille bourgeoise du XVIe arrondissement de Paris. D’un père industriel fortuné et d’une mère bourrée de tocs, maniaque et obsédée par les apparences, la petite Brigitte grandit sans démonstrations d’amour intempestives, mais accablée par des recommandations répétées sur la « bonne conduite à tenir » dans l’existence. Elle est une adolescente décidée, n’ayant pas froid aux yeux et déterminée à devenir danseuse étoile. Ainsi, elle intègre les cours du Conservatoire de danse de Paris, où elle assimile vite la discipline de fer et le courage de toujours se surpasser. En parallèle, repérée par une amie photographe, elle pose pour sa première couverture du magazine ELLE, à 15 ans. Encore brune, ses grands yeux verts aux longs cils très noirs accrochent déjà l’objectif et elle devient mannequin junior, dotée d’un port de tête et d’une démarche bien à elle, et surtout une plastique d’exception. Mutine, charmeuse, séductrice sans calcul, elle affiche un visage à la fois rayonnant et boudeur, qu’un sourire désarmant achève de rendre unique. En 1952, elle fait ses débuts devant une caméra de cinéma dans une comédie insignifiante avec Bourvil: Le Trou Normand et même si ce métier d’actrice ne lui a pas tout de suite été acquis, elle se laisse entrainer dans le tourbillon des propositions. Quelques petits rôles sans importance plus tard et son premier amoureux de l’époque, un certain Roger Vadim, qui a pu l’épouser dés sa majorité, décide de lui offrir le rôle principal de son film: Et Dieu créa la femme. En véritable Pygmalion, Vadim filme Brigitte dans son insolente beauté, n’hésitant pas à afficher sa nudité. Une nudité légère, dépourvue de remords, rappelant à tous et toutes que l’amour physique est avant tout source de plaisir, dans une époque où la famille et la procréation sont les valeurs dominantes. Dans le cinéma poussiéreux de ces années 50, habitué aux costumes, aux studios, à l’artifice, le film (bien qu’assez moyen au final) va créer un cyclone et porter cette diablesse émancipée au sommet d’une gloire inimaginable, encore quelques mois plus tôt. Brigitte devient BB, une icône française à la sensualité explosive, une Star reconnue jusqu’au continent américain, où Vadim a pu faire vendre son oeuvre.

Dès le départ, Brigitte possédait un caractère des plus gais, enjoués, assumant sa part animale et adorant malmener l’ordre patriarcal. Au delà de son physique de rêve, le public admire sa franchise, sa personnalité sans tricherie, cette fille respire décidément l’authenticité. Elle est rapidement à l’affiche de films montés sur son seul nom, la majorité des navets indigestes (La Bride sur le cou, Babette s’en va t’en guerre), des rôles de pin up écervelées où sa longue chevelure blonde en choucroute et ses manières de ne pas y toucher pouvaient attirer les regards, mais certainement pas lui apporter la garantie d’être considérée comme une actrice sérieusement compétente. En 1958, la donne change un peu avec le beau film de Claude Autant Lara, En cas de Malheur, où elle affole un Jean Gabin pas très longtemps imperturbable. Un plan devenu mythique la montrer de dos, troussant sa jupe sur ses fesses nues face à lui, mains dans les poches. Leur duo superbe fonctionne aussi parce que le scénario tient la route et permet de voir une vulnérabilité en elle, très touchante. On se dit tiens la gamine n’est peut être pas juste belle à croquer! Les médias ne parlent que d’elle, elle est un objet d’idolatrie confinant à l’hystérie, tandis que la censure à droite à gauche tente de faire couper des séquences trop suggestives. Mais, la femme enfant affiche une sexualité débridée, sans pudeur, qui lui vaut une telle foule d’admirateurs que tout se déroule le plus naturellement du monde. La jalousie aussi hélas va faire des dégâts, des papiers abjects dans des torchons vont la salir, essayer de faire chuter la Reine de son trône, mais elle a les reins solides. Même le Général de Gaulle, récemment élu chef de l’Etat lui décerne un brevet de représentativité, aucune autre actrice française n’avait connu un engouement pareil. De quoi donner le vertige!

Séparée de Vadim, en couple un temps avec Jean Louis Trintignant, ses amours font scandale, d’autant qu’elle n’hésite pas à afficher ses flirts avec d’autres jeunes acteurs montants comme Jacques Charrier. Elle finit par l’épouser lorsqu’elle attend un enfant de lui, et malgré son manque total d’instinct maternel, elle accouche d’un petit Nicolas au début de l’année 1960. Une année charnière pour elle: sa renommée internationale a atteint un tel niveau qu’elle est épiée par les paparazzis, jour et nuit, où qu’elle aille, quoiqu’elle dise, les journaux lui prêtent des déclarations qu’elle n’a pas faites, des liaisons qu’elle n’entretient pas, les rumeurs les plus folles courent sur son compte et aussi préparée qu’elle soit, sa fragilité réelle la rattrape. Première tentative de suicide infructueuse en plein tournage de La Vérité, du grand Henri George Clouzot. Il la dirige avec une telle précision et la pousse dans ses retranchements, que BB va donner une densité incroyable à son personnage de Dominique Marceau, librement inspiré de Pauline Dubuisson, une jeune fille accusée d’avoir tué son amant, et qui se retrouve devant une cour d’Assises, réclamant sa tête. Quand le film sort fin 60, c’est la stupéfaction même pour les incrédules! Brigitte sait jouer la comédie et on lui attribue le terme de « tragédienne », qui n’est pas exagéré vu sa performance. Elle n’aimait pas son métier d’actrice qui avait fini alors par lui voler l’essentiel de sa liberté et de son insouciance, devenant méfiante et craintive, cherchant à échapper à la traque permanente de la meute. Lorsqu’elle s’est rendue compte de tout le cirque médiatique qu’elle provoquait, il était déjà trop tard pour faire marche arrière, alors volontaire et courageuse, elle continue sa route et croise celle de Louis Malle, le jeune metteur en scène des Amants, adepte de la Nouvelle Vague, et désireux de la magnifier dans son prochain projet, intitulé Vie Privée. Le film est tourné à Rome, en 1962, réunit BB et Marcello Mastroianni et raconte grosso modo l’existence d’une star de cinéma, vivant très mal son statut, et aspirant à une vie plus paisible. Quasiment un autoportrait, qu’elle défend avec ses tripes. Le film est mal accueilli, malgré un final somptueux, où elle tombe du haut d’un toit, au ralenti, sur le déchirant Requiem de Verdi.

Puis, la rencontre avec Jean Luc Godard, le réalisateur que tout le monde s’arrache, va lui permettre à nouveau de briller dans un long métrage ambitieux, beau tant sur la forme que sur le fond : Le Mépris sort en 1963 et la voit incarner une femme perdant progressivement l’amour qu’elle portait à son Michel Piccoli de mari. Sur la musique inoubliable de Delerue, dans les décors naturels sublimes de Capri, Bardot n’a sûrement jamais été plus belle, plus désirable, sa présence et sa photogénie s’additionnent pour en faire une comédienne accomplie. Car vraiment regardée par son metteur en scène, il n’y a pas de secrets! La séquence où elle détaille oralement chaque partie de son corps divin en demandant son avis à Piccoli demeure dans la légende du 7e Art. Après ça, hélas, la cohorte de mauvais films reprend ses droits (Une ravissante idiote, Le repos du guerrier) et si elle continue à faire la une des tabloïds mondiaux, on parle davantage de ses nombreux amants (Sami Frey, Gilbert Bécaud, Warren Beatty, etc..), et aussi de sa « nouvelle » passion: la chanson! En effet, sa voix pleine d’allant imprime pas moins de 80 titres au cours des sixties, dont les airs les plus connus sont « Moi je joue », « Sidonie », « Harley Davidson », « La Madrague ». Elle enregistre son titre le plus controversé avec Serge Gainsbourg « Je t’aime moi non plus’, né de leur liaison torride et passionnelle, mais que Serge réservera finalement pour Jane Birkin. La chanson est une récréation pour elle qui clame de plus en plus que le cinéma est un calvaire et qu’elle en a sa claque de devoir attendre d’interminables heures pour quelques secondes de plans tournés. En 1965, elle renoue avec Malle et ils partent au Mexique tourner Viva Maria! , un assez bon western musical où elle partage l’affiche avec Jeanne Moreau. On essaie de les rendre rivales, elles qui sont deux comédiennes si opposées vont au contraire s’entendre à merveille. Ensuite, Brigitte prend du recul, tourne moins, et se marie pour la troisième fois avec le milliardaire Gunther Sachs. Une noce tonitruante qui a lieu à Saint Tropez, à la Madrague, son refuge du bord de mer où elle vient se ressourcer. Un bel endroit qui est devenu malgré elle, un haut lieu touristique, où elle est suivie et encore traquée jusqu’à l’indigestion.

Gunther Sachs est un homme d’affaires surbooké, noceur et infidèle par nature, et Brigitte se retrouve très vite avec elle même, gérant sa solitude avec sa bonne humeur et sa combativité habituelles, organisant des soirées entre amis, dansant jusqu’au bout de la nuit, mais rentrant plus souvent seule se coucher, contrairement à ce que croit la majorité des gens ou des mauvaises langues raillant encore sa liberté de femme. Excessive, ne manquant ni de répartie, ni d humour, elle se livre dans des interviews à coeur ouvert, où elle tente de montrer qu’elle reste avant tout un être humain, au delà de l’image figée du mythe vivant. Le zénith de sa gloire survient certainement lorsqu’elle devient la figure de Marianne, représentant la République et son buste trône dans toutes les mairies du pays! Elle a fait du chemin la belle blonde libérée de la bourgeoisie et de l’éducation rigide qu’elle a reçu. Il est tout de même frappant de constater que seuls les quatre films pour lesquels la critique l’a finalement jugé « bonne actrice » sont des films où son personnage meurt à la fin! Comme s’ il fallait qu’elle paye de sa vie (même dans la fiction) pour devenir soudainement crédible et digne de respect! Le cinéma ne lui offre guère plus d’occasion de prouver ses talents, trop de films ineptes (Shalako, Les Novices), jusqu’en 1970. Là, elle est dirigée par Michel Deville, un auteur de qualité, dans L’Ours et la Poupée. Il la réinvente, lui donne des répliques si jolies et la bichonne sur le tournage que cette comédie sentimentale avec Jean Pierre Cassel se révèle très réussie, et marche plutôt bien au box office. Ce sera ensuite Boulevard du Rhum en 1971, elle y côtoie Lino Ventura, ours bougon qu’elle aura du mal à dérider et encore moins à séduire. Leur tandem ne fera pas d’étincelles. De plus en plus lassée de ce métier pesant et voyant la quarantaine arriver à grand pas, Brigitte se retire définitivement du cinéma en 1973, après un dernier film inutile Colinot Trousse Chemise. Nouvel échec. Après plus de 45 longs métrages, elle est prête à aborder le deuxième chapitre de sa vie, et sûrement celui qu’elle a toujours nourri en son for intérieur.

A mi parcours, la voila donc qui saborde une carrière à faire pâlir bien des comédiennes, pour se mettre au service des animaux. La véritable passion de sa vie, elle ne s’en est jamais caché. Elle utilise sa notoriété pour combattre les horreurs perpétrées sur les chiens, les chats, les chevaux, mais aussi sur les bébés phoques massacrés pour leur fourrure. Elle se rend dans les eaux glacées de la banquise norvégienne et pose pour un cliché universellement connu, où elle enlace un de ses pauvres animaux sans défense. Grâce à elle, les activistes font interdire le commerce des blanchons dans toute la communauté européenne. La création de sa Fondation en 1977 tend à faire bouger les lignes et à protéger l’espèce animale des maltraitances humaines, de l’exploitation des plus faibles par un capitalisme toujours plus rampant. Ce combat lui fera rencontrer tous les hommes politiques en place pour tenter d’éveiller les consciences, mais peu l’aideront concrètement dans sa lutte. Généreuse, investie, et sûrement trop idéaliste, elle rêve d’un monde sans méchanceté. Une des qualités qu’elle a gardé de sa prime enfance. En 1987, elle organise une vente aux enchères historique où elle vend la quasi totalité de ses biens (bijoux, peintures, vêtements) et reverse toute la somme récoltée au seul bénéfice de sa Fondation. Un beau geste salué par une presse unanime. En 1996, elle écrit ses Mémoires qui sortent chez Grasset et font grand bruit, elle s’y livre telle quelle, nature, quitte à blesser par ses propos ou par ses anecdotes de gens proches, dont son fils Nicolas et son ex mari Jacques Charrier. Mais il y a plus « préoccupant »…

Ces 20 dernières années, ses prises de position pour le moins « limites » ont entaché son image. Proche du FN, elle a épousé en 1992 un de ses dirigeants Bernard d’Ormale, et dès lors, multiplie les déclarations à l’emporte pièce contre l’Islam, l’immigration clandestine, et certains aspects de l’homosexualité. Elle critique aussi sévèrement les déviances du monde moderne en termes de technologie, et tire à boulets rouges sur des minorités, oubliant un peu trop qu’elle fut jadis un symbole de tolérance et d’ouverture d’esprit. Son franc parler légendaire laisse cette fois des fans irréductibles dubitatifs et choqués par des phrases violentes sorties de sa bouche. Bardot est condamnée à plusieurs reprises pour « incitation à la haine raciale » et ses dérapages relayés jusque dans des journaux de cinéma, déplorant qu’elle ternisse ainsi sa légende. Bien entendu, Brigitte n’a jamais transigé sur son caractère entier, provocateur et a toujours dit ce qui lui passe par la tête, mais désormais la franchise ne lui vaut pas que des louanges. Claquemurée depuis des lustres à la Madrague au milieu de sa bonne centaine d’animaux, elle s’est volontairement coupée du monde et en a une vision forcément biaisé , oserons nous même dire qu’elle en ignore l’évolution réelle. Elle a gardé sa voix d’enfant , juste un peu éraillée, a refusé en bloc la chirurgie esthétique, et a vieilli d’elle même, acceptant de voir faner sa beauté que le cinéma a immortalisé. A plus de 85 ans, elle doit sûrement préférer écouter le chant des oiseaux dans son domaine paisible plutôt que de se repasser en boucle les images de son mambo explosif, dansé sur une table à la toute fin de Et Dieu créa la Femme. Attachée aux choses tangibles, terrienne, elle a fui la gloire pour ne garder que sa vérité. A nous de garder d’elle l’image d’une femme solaire, chaleureuse, si élégante dans sa petite robe Vichy, à la fois maitresse de son pouvoir d’attraction, et totalement inconsciente du virage qu’elle a fait prendre à la mode et aux mentalités. Une étoile capable d’éblouir le soleil lui même!

 

2 Commentaires

  1. Quel très bon et trèsinstructif portrait ! J ai encore appris plein de trucs ! J aime ces allers retours entre vie pro et vie perso que tu maitrises de mieux en mieux ! Bravo !

  2. Encore un portrait très réussi et sans concessions d’une femme qui aura marqué sa génération! une personnalité complexe dans laquelle tout se côtoie , le meilleur comme le pire allant d’une vie libertaire et sans tabous à des prises de position racistes et intolérantes, l’ombre et la lumière! Un être on ne peut plus humain!! Son combat pour les animaux est remarquable et souvent efficace , elle a su souvent se faire entendre à ce sujet Elle reste pour moi le symbole d’une femme libérée, vivant pleinement une sensualité sans complexe, une actrice naturelle et instinctive dont le plus beau rôle fut celui qu’elle tient dans la Vérité.

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