Madame Rosa habite Belleville, un quartier populaire de Paris où se côtoient aussi bien des juifs que des arabes ou des Noirs. Fatiguée, usée par la vie, cet ex prostituée sexagénaire s’occupe désormais d’enfants confiés par l’Assistance Publique. L’un des petits s’appelle Momo, dont la mère est morte, tuée par son propre père. Il prend soin de Madame Rosa, l’écouter se confier et raconter son passé très difficile…
Le roman d’Emile Ajar, pseudonyme pris par Romain Gary, fut un gros succès de librairie et devint en toute logique un film de cinéma tout aussi renommé. Le cinéaste israélien Moshe Mizrahi y voit là l’occasion de traiter des thèmes aussi forts que l’amitié, l’entraide, le rapprochement de communautés et de cultures habituellement connus pour se battre (les juifs et les arabes se croisent ici sans animosité), ainsi que la délicate question de la fin de vie. La Vie devant Soi est en effet une touchante histoire entre une ancienne tapineuse juive (rescapée du Vel d’Hiv) et un jeune adolescent arabe abandonné par son père. Tourné dans le Paris cosmopolite et modeste du Belleville des années 60, accompagné par la musique de Philippe Sarde et photographié par le maitre en la matière, Nestor Almendros, l’intrigue repose d’abord et avant tout sur le texte et les mots puissants d’Ajar (Mizrahi restant fidèle aux dialogues du livre) et fait la part belle à des personnages oubliés de l’Histoire: les femmes du trottoir méprisées, les gosses rejetés par des parents incapables de les éduquer. La morale de l’ensemble se borne certes à dire que l’amour devrait seulement se résumer au besoin d’être avec une autre personne, en dehors de toute convention, mais on reconnait bien là l’humanisme de Gary, sa méfiance envers les religions qui, parfois, divisent les êtres.
Joli pamphlet contre le racisme également, La Vie devant soi a pour colonne vertébrale une comédienne d’exception: Simone Signoret, enlaidie pour l’occasion, bouffie par l’alcool et les médicaments, donnant le meilleur d’elle même. Son interprétation vibrante transcende la réalisation assez impersonnelle de Mizrahi (plus gros « défaut » du métrage). Son jeune partenaire, Samy Ben Youb, l’accompagne tout en écoute affectueuse, bien déterminé à rendre son quotidien le plus doux possible, refusant de la voir dépérir dans un hôpital indigne. La fin, émouvante, prend de la distance avec un pathos pourtant tentant. Signoret trouve indiscutablement en Madame Rosa son ultime grand rôle, il lui permit de décrocher son seul César.
ANNEE DE PRODUCTION 1977.