Le dirigeant d’un hôtel à Haïti se complait dans le cynisme et le fatalisme, il est persuadé que l’île décline inexorablement vers le barbarisme. Il se lit d’amitié avec le leader des rebelles haïtiens, a une liaison avec la femme d’un ambassadeur européen. Mais bientôt un trafiquant d’armes britannique arrive dans l’hôtel…
Haiti, en plein milieu des années 60, gangréné par la dictature de Duvalier prénommé Papa Doc, vit sous la terreur que fait régner ses sbires les fameux Tontons Macoutes. Adaptant son propre roman semi politique et historique, l’écrivain Graham Greene livre un scénario prenant où passions amoureuses et conflits politiques se mélangent pour mieux se détruire. Derrière la caméra, Peter Glenville, un réalisateur britannique peu l’aise dans le système hollywoodien et contraint de suivre à la lettre les exigences du studio de la Fox. Avec peu de liberté artistique, il réussit tout de même à faire exister ses personnages, à dénoncer avec force les dérives du régime dictatorial haïtien, à mettre le doigt sur les malversations financières, la corruption galopante, les exécutions sommaires. Pris dans la tourmente, un tenancier d’hôtel, un major anglais, un diplomate et son épouse se placent clairement au centre du récit comme des fervents opposants à Papa Doc, quitte à mettre leur vie en péril. On retrouve le ton désabusé et cruel des romans de Greene, les tourments psychologiques étant la matière principale de la narration. A base de longs dialogues et de scènes parfois exagérément étirées, Les Comédiens tient son titre du fait que chaque protagoniste semble « jouer un rôle » dans le grand théâtre de leur vie et se débattent pour faire valoir leur humanisme et leurs valeurs. En tout cas, Glenville et Greene ont le grand mérite de parler de cet épisode franchement méconnu et du climat effrayant dans lequel les habitants d’Haiti tentaient de survivre.
Avec son budget conséquent, la Fox a mis à la disposition de Glenville un casting de haute volée, attirant immanquablement le public. Ainsi, Richard Burton rentre dans la peau de Brown, e cynique hôtelier et se démarque avec sa présence toujours irradiante face à Elisabeth Taylor qu’il retrouve pour la sixième fois consécutive après Cléopâtre, Boom, La Mégère Apprivoisée, Hôtel International et Qui a peur de Virginia Woolf?. L’actrice y fait montre d’un jeu convaincant malgré un temps de présence amoindri. Les très distingués Peter Ustinov et Alec Guinness les accompagnent fièrement. Si l’ensemble du film peine à emporter une totale adhésion, Les Comédiens doit être vu pour son sujet assez accrocheur et sa distribution étincelante. Ni plus ni moins.
ANNEE DE PRODUCTION 1967.



