Nora est mariée à Torvald Helmer, un homme autoritaire qui ne cesse de l’humilier. Celui-ci ignore tout du secret de sa femme qui, au début de leur mariage, s’était endettée pour permettre à Torvald de guérir alors qu’il était gravement malade.
La pièce d’Enrik Ibsen, écrite en 1879, avait fait scandale car elle prônait l’idée bien trop avant gardiste de l’émancipation féminine et lorsque Joseph Losey décide de l’adapter avec son scénariste David Mercer (complice aussi de Resnais), le monde traverse plusieurs grands mouvements féministes très forts. Maison de Poupée raconte l’évolution d’une femme mariée à un notable qui ne cesse de l’infantiliser et la rabaisser. Coupable d’un mensonge et d’une malversation financière qu’elle a commise dans le seul but d’aider son mari, le personnage de Nora va passer de la joie, l’insouciance, à une prise de conscience réelle de sa condition et faire basculer sa propre existence et celles de sa famille. Tourné avec un petit budget, soutenu par une mise en scène fidèle au texte jusque dans son austérité, Maison de Poupée décrit l’envol d’une héroïne vers sa liberté d’être, jusque là totalement soumise par les hommes (d’abord son père, puis son époux la traitant comme une enfant): Losey pose sa caméra en Norvège dans un petit bourg enneigé au bout d’un fjord perdu et place son action la majorité du temps dans le décor étouffant d’une demeure quasi irrespirable, dans laquelle les conventions sociales jouent un rôle déterminant. Ibsen fustigeait déjà les pièges du mariage, Losey les met en image avec l’aide de son chef opérateur attitré Gerry Fisher. La musique composée par Michel Legrand sonne un peu comme un air décalé par rapport aux thèmes abordés.
Il a fallu également l’implication totale de deux figures majeures du féminisme des années 70: en premier lieu, Jane Fonda, actrice oscarisée pour Klute et désireuse de camper des rôles plus complexes, hérite donc de Nora à qui elle apporte sa fraicheur, sa beauté, sa pureté aussi avant sa rébellion et son sursaut final. Puis, Delphine Seyrig, jouant Kristine, son amie de coeur, plus pragmatique mais qui lui sera finalement d’une aide précieuse. Quant aux hommes, ils sont tenus par Edward Fox et David Warner, mâles forcément un peu caricaturaux, bien que dans la société de cette fin de XIXe siècle, ce fut « la norme ». Mine de rien, le texte d’Ibsen résonne de manière très actuelle, car la lutte des femmes pour assoir leur indépendance dans ce monde dominé par les hommes et le patriarcat continue encore incessamment. De ce point de vue, Losey doit en être remercié et son film peut être réévaluer sans la moindre hésitation.
ANNEE DE PRODUCTION 1973.



