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MARILYN MONROE

1926/1962

Norma Jean Baker naquît en juin 1926, dans la Cité des Anges, d’une mère psychologiquement instable, pour ne pas dire un peu timbrée, et incapable d’élever correctement sa gamine, déjà éprouvée par l’absence d’un père, qui ne la reconnaîtra jamais. Autant dire qu’il y a des départs plus simples dans la vie d’une jeune fille, et que pour elle, le malheur est d’emblée ancré dans ses gênes. Costumière de cinéma entre deux séjours en hôpital psychiatrique, la mère donne le goût des paillettes et du spectacle à sa progéniture, qui admire la star blonde de l’époque Jean Harlow et qui rêve elle aussi, dès l’adolescence, d’un jour briller sur un écran. A l’age de 19 ans, elle pose nue pour un calendrier, affichant de généreuses formes, alors même qu’elle se marie pour la première fois avec un jeune G.I, pensant à tort trouver dans cette relation la stabilité qui lui a, jusque là, tant manqué. Elle est passée de familles d’accueil en foyers, et ses carences affectives resteront profondes, tout au long de son passage sur cette Terre. Elle s’imagine que le cinéma va pouvoir étancher sa soif d’amour, alors elle enchaîne les castings et les bouts d’essai. Elle retient l’attention des Marx Brothers qui l’engagent pour un petit rôle de pin up dans une de leurs comédies La pêche au trésor, en 1948. Et la pêche va s’avérer payante, puisqu’elle lance la carrière de la jeune Norma Jean, qui a pris pour pseudonyme celui de Marilyn Monroe.

En ce début de la décennie 1950, la jeune femme apprentie comédienne va faire ses gammes dans des films importants, où elle n’aura encore que des participations comme dans Quand la ville dort de John Huston, Eve de Joseph Mankiewicz, ou Le démon s’éveille la nuit de Fritz Lang. De grands réalisateurs donc lui donnèrent sa chance et elle marqua à chaque fois de son empreinte des emplois pourtant déjà réduits à celui de la jeune fille charmante, au sourire enjôleur, mais sans d’immenses prédispositions intellectuelles. Et c’est vrai que Marilyn brille par sa beauté impressionnante, sa blondeur incandescente, son regard aguicheur et hypnotique à la fois, sans parler de sa voix de petite fille, à qui l’on ne peut rien refuser. Les hommes sont fous d’elle, les femmes la jalousent, les producteurs commencent à voir tout son potentiel et se frottent les mains, à l’idée d’exploiter ce nouveau visage, décidément à part. Très vite, en 1952, la Twentieth Century Fox lui accorde un contrat de sept ans, cadeau plutôt empoisonné à l’époque, quand on sait combien les clauses de cet attachement professionnel étaient engluées de principes stricts, d’obligations sévères, et ne laissait que peu de libertés à l’actrice de faire ses propres choix. Son magnétisme opère aussi bien dans le genre policier Niagara , où elle est une femme fatale préparant l’assassinat de son mari, que dans la comédie délirante et musicale Les hommes préférent les blondes, dans laquelle elle campe Lorelei, une amoureuse de diamants et assumant délicieusement sa vénalité. Ce film ci sera un succès foudroyant et la propulse Star incontestable du cinéma américain. Sa popularité et sa beauté sont si extraordinaires qu’elle devient un mythe et le Sex Symbol absolu. Désormais, rien ne semble plus impossible pour elle…

Elle gagne des millions de dollars, elle est adorée par autant de millions de gens, elle va chanter en Corée pour soutenir le moral des troupes, elle donne des interviews irrésistibles où elle montre qu’elle joue à fond la carte de la Belle Blonde plantureuse et en prime, elle continue à tourner dans des films qui marchent sur son seul nom, même lorsqu’ils sont médiocres. Au palmarès de ses jolies prestations, on peut aisément retenir le western Rivière sans retour, Comment épouser un millionnaire, ou bien La Joyeuse parade. A chaque fois, elle y déploie une présence unique, une photogénie à nulle autre pareille, ce petit quelque chose d’indéfinissable qui fait toute la différence! Bien entendu, ses détracteurs s’empressent de juger qu’elle n’a pas de vrai talent d’actrice, arguant qu’elle se complaît dans des rôles superficiels et légers, il faut bien reconnaître que les studios l’enferment aussi dans ce carcan confortable, pour profiter de leur « poule aux oeufs d’or »! Le sommet de son éclatante réussite est atteint avec le classique 7 ans de réflexion ,un bijou de comédie d’une drôlerie permanente, où elle joue une girl next door innocemment sublime, rendant fou de désir son voisin du dessous, pourtant homme marié et décidé à ne pas craquer! Comment oublier son indiscutable sens du rythme, son aisance à jouer des dialogues à double sens, à contourner la censure, et tout ça sans jamais oublier de rester fraîche et irrésistible?

Une image fera le tour du monde, avant des milliers d’autres, il s’agit bien sûr de Marilyn faisant voler sa robe d’une blancheur immaculée au dessus d’une aération de métro, en plein New York, sous les yeux estomaqués des passants, y compris de son mari d’alors, le joueur de base ball Joe Di Maggio, très amoureux d’elle, mais maladivement jaloux. Leur mariage n’y survivra pas d’ailleurs. Ensuite, sûrement un peu lassée des rôles nunuches que l’on veut lui imposer, elle dit stop et quitte Hollywood, direction la Côte Est. Histoire de digérer un peu son phénoménal succès, se retrouver elle même, et aussi de prendre des cours de théatre avec Lee Strasberg, fondateur de l’Actors Studio et ses procédés de jeu introspectifs, que prônera plus tard les Brando, Pacino, De Niro. Avait elle réellement besoin de saborder ses dons naturels avec cette méthode? Hélas, le complexe d’infériorité qu’elle trimballe depuis toujours ne disparaîtra pas miraculeusement, au contraire, il ne fera que s’intensifier les années suivantes. En 1956, ce changement de cap est patent lorsqu’elle incarne Chérie, une chanteuse de cabaret paumée, que l’amour va rattraper au vol dans Bus Stop. Elle y est superbe d’intensité. Il est également à porter à son crédit un grand talent pour le chant, son joli brin de voix étant exploité dans de nombreux films (même non musicaux), ses interprétations seront saluées surtout  lorsqu’elles sont une valeur ajoutée au film. Souvenez vous de Certains l’aiment chaud en 1959 et son fameux « I wanna be loved by you » éternel!

Alors, qui était elle vraiment derrière cette façade de beauté parfaite et toujours impeccable? Une femme fatale? Sûrement pas! Une enfant perdue et fragile à l’extrême? Plus certainement, au vu de ses ultimes années, elle accumula des échecs terribles dans sa vie personnelle, son troisième mariage avec le dramaturge Arthur Miller ne fut pas la promesse de bonheur qu’elle espérait tant, ses multiples fausses couches tuèrent en elle l’espoir d’avoir un enfant, ses films se raréfièrent à la fin de la décennie, et hormis le hit de Billy Wilder Certains l’aiment chaud, elle ne connut plus aucun gros triomphe au sacro Saint Box office. Ses retards légendaires, ses caprices rapportés par les tabloids et ses addictions aux médicaments furent ses compagnons de route jusqu’à la fin de sa courte vie. Elle demeurait évidemment intacte dans le coeur de ses fans de par le monde, et faisant bonne figure, la Star resta malgré tout une battante, défendant son image becs et ongles, et offrant pour son dernier film Les désaxés, une performance dramatique intense. Dommage qu’elle n’ai pas pu, plus souvent, prouvé qu’elle savait faire aussi bien pleurer que séduire et rire les spectateurs. Dans cette oeuvre testamentaire, elle partage l’affiche avec deux autres « morts en sursis », Clark Gable et Montgomery Clift, et leur trio reste inoubliable.

Marilyn a souffert très probablement d’être cantonnée dans la catégorie très fermée de ravissante idiote, de ne pas être reconnue comme une grande actrice, et surtout de ne pas avoir atteint un semblant de plénitude dans ses amours, toujours compliquées. Considérée comme un objet d’idéal par les hommes qui se sont largement servis d’elle, elle n’a pas réussi à se faire aimer pour ses qualités humaines réelles. Sa disparition le 5 aôut 1962 laissa la planète dans la stupéfaction, et tout de suite les rumeurs les plus folles ont construit le mythe, sans ressusciter un tant soit peu la femme qu’elle était. Peu importe au fond que ce fut un suicide ou un assassinat commandité par la Mafia après ses relations troubles avec les Kennedy! Habituée aux barbituriques chaque jour de son existence, elle a pu succomber, tout bêtement, à un accident de surdosage, dans un des fréquents passages à vide qu’elle traversait. Elle avait écrit dans un journal intime qu’au fond « tout ce qu’elle demandait, c’était son droit à scintiller ». Une chose est certaine: cette vie fauchée à 36 ans demeure un incommensurable gâchis. Elle était parfois si gaie, et elle aimait tant chanter…

Marilyn Monroe

3 Commentaires

  1. ce très beau portrait de Marilyn que nous avons toujours beaucoup aimée et admirée fait bien ressortir l »extrême sensibilité de cette femme finalement incomprise de la profession et d’une partie du public. Il faut des êtres tels que toi, mon chéri, avec cette profonde empathie, et cette vision au delà des apparences pour comprendre et faire comprendre la complexité d’une âme supérieure et d’un esprit hors du commun car tellement lié à un coeur débordant d’amour! Elle réunit toutes les aspirations de l’être en quête de son humanité! Bravo pour cette fine analyse!

  2. Mon très cher ami, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir et lire ce portrait de Maryline que j’ai toujours aimé pour sa beauté bien sur, mais surtout pour la délicatesse de son jeu d’actrice qui, me semble-t-il, ne fait que refléter sa détresse à aimer et à être aimée. J’espère que très prochainement un professionnel du cinéma tombera sur ton site et te contactera pour te proposer un poste de chroniqueur (je ne sais pas si c’est le mot qui convient) ou de critique à la hauteur de ton talent et de ta grande sensibilité.

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