Le « Vengeur » sème la terreur à Londres en assassinant des jeunes filles blondes. Les rares témoins qui ont pu l’apercevoir décrivent un individu qui se cache le bas du visage. La nouvelle d’un nouveau meurtre est répandue via les journaux. Non loin de là, Mrs. Bunting loue une chambre d’hôte à un mystérieux étranger qui attire immédiatement la suspicion…
Troisième réalisation (mais en réalité premier vrai coup d’éclat) du britannique Alfred Hitchcock, en pleine mutation dans sa période anglaise et sous la houlette du producteur Michael Balcon, The Lodger (intitulé bêtement en français Les Cheveux d’Or) esquisse en creux la thématique future du maitre du suspense: A savoir un faux coupable soupçonné par une police « dépassée » à résoudre une affaire de meurtres en série commis sur de jolis jeunes femmes blondes. Hitch ouvre son film par le gros plan d’un visage de victime hurlant de terreur, un plan qu’il reprendra notamment dans La Main au collet, Frenzy, Psychose pour ne citer qu’eux. Sa « maitrise » technique n’en est encore qu’à ses tous débuts et Sir Alfred suit les lignes tracées par son scénario (simpliste au possible), sans fulgurances non plus. Comme un galop d’essai relativement réussi, The Lodger lui met le pied à l’étrier pour imposer ses idées de mise en scène, avec une timide avance sur ses autres films tournés durant le muet. Vaguement inspiré du fait divers le plus connu que Londres ai connu, l’affaire Jack L’Eventreur, le script joue sur l’étrangeté du héros principal dont on ignore nous mêmes s’il est un meurtrier ou pas. Influencé par l’expressionnisme allemand alors en plein boum, Hitchcock fait ses « gammes » de réalisateur et installe une certaine ambiance angoissante, des bruits de pas sur un plancher annonçant un danger imminent, le visage du tueur en partie dissimulé par sa main tel Dracula avec sa cape, et la séduction amoureuse de la fille de la logeuse qui pourrait aboutir à un crime éventuel…
Pour apporter plus de notoriété au film, Hitch engage Ivor Novello, sorte de sous Rudolph Valentino, piètre acteur surjouant comme beaucoup au temps du muet, incarnant cet homme étrange dont on ignore les intentions jusqu’au bout. Des éléments propices à créer l’angoisse restent à souligner: le brouillard londonien, la foule se comportant comme une meute sauvage pourchassant le pauvre innocent, et cette paire de menottes qui l’empêche de se mouvoir et de fuir, renvoyant directement à deux autres titres du maitre: Les 39 Marches et Cinquième Colonne. Pour son entrée en cinéma, Hitchcock peut se vanter d’avoir déjà du flair et du style!
ANNEE DE PRODUCTION 1926.



