Dans les années soixante, le jeune Frank Abagnale Jr. est passé maître dans l’art de l’escroquerie, allant jusqu’à détourner 2,5 millions de dollars et à figurer sur les listes du FBI comme l’un des dix individus les plus recherchés des Etats-Unis. Véritable caméléon, Frank revêt des identités aussi diverses que celles de pilote de ligne, de médecin, de professeur d’université ou encore d’assistant du procureur. Carl Hanratty, agent du FBI à l’apparence stricte, fait de la traque de Frank Abagnale Jr. sa mission prioritaire, mais ce dernier reste pendant longtemps insaisissable…
Après des blockbusters de haute volée tels Les Dents de la Mer, E.T ou Les Aventuriers de l’Arche Perdue, Steven Spielberg a également oeuvré dans des registres plus sérieux comme La Couleur Pourpre ou bien sûr La Liste de Schindler et s’octroie avec Arrête moi si tu peux une sorte de fantaisie, une parenthèse presque légère autour d’une histoire vraie: celle d’un tout jeune escroc ayant fait tourner en bourrique le FBI pendant plusieurs années, vivant de contrefaçons, de fraudes et d’entourloupes. Au fond, le parcours d’un arnaqueur qui prend des apparences multiples tel un illusionniste de génie. Ce qui ne peut que plaire à Spielberg qui a tout de même construit sa carrière sur le pouvoir de l’imagination et surtout sur la magie des illusions qui trouvent avec son cinéma un terreau idéal. Dès le générique (élégant et malicieux), le réalisateur montre son savoir faire évident, son aisance à nous raconter avec maestria des faits réels, tout en gardant le cap du divertissement à la portée de tous les publics. L’humour et le charme s’allient plutôt bien dans cette évocation d’un faussaire intelligent, capable de tromper son monde et surtout de ne pas se laisser appréhender, comme si le plaisir qu’il en retirait était surtout dans la fuite en avant. Car au delà du rêve de gosse de devenir supposément pilote de ligne, médecin ou avocat émérite, la réalité plus cruelle se fait jour: celui d’un jeune homme anéanti par le divorce de ses parents et qui refuse finalement de grandir d’une certaine manière.
Dans ce rôle, Leonardo Di Caprio semble pas mal dans son élément, avec ses traits encore juvéniles, et en même temps capable d’une séduction et d’une virilité certaines, présent dans tous les plans. Face à lui, Tom Hanks retrouve son réalisateur de Il faut sauver le soldat Ryan pour camper cet agent du FBI obstiné, déterminé à arrêter l’imposteur qui ne cesse de lui filer entre les doigts et il est de nouveau tout à fait excellent. Christopher Walken, admirable en figure paternelle démoli par les infidélités de sa femme jouée par Nathalie Baye au chic bien français, complètent la distribution. Ce film policier aux accents parfois comiques nous entraine dans l’Amérique des sixties que Spielberg reconstitue avec une adresse louable, accompagnée de la musique jazzy de John Williams, très à propos. Du cinéma fort agréable, bien réalisé et bien interprété: pourquoi dès lors bouder son plaisir?
ANNEE DE PRODUCTION 2002.



