Alain, 50 ans, est chanteur de bal à Clermont-Ferrand. Il fait aussi les comités d’entreprise et les inaugurations. Il a les cheveux teints et est mondialement connu à Clermont-Ferrand. La chanson était toute sa vie lorsqu’il rencontre Marion…
Troisième long métrage de Xavier Giannoli, après Les Corps impatients et Une Aventure, Quand j’étais chanteur conte la trajectoire de vie de deux êtres solitaires dont les routes se croisent, quelque part entre le désir et l’amour inexplicable. Un chanteur de bal populaire cinquantenaire, un peu blasé, assez fatigué et une jeune trentenaire déphasée, mère célibataire, dont le passé tortueux ne nous sera que partiellement dévoilé. Giannoli s’intéresse au rapprochement de ce couple qui ne dit pas son nom, de manière feutrée, avec en fond sonore de « vieux » tubes inusables du répertoire français (Christophe, Barbelivien, Aznavour, Dalida, etc…). Tout pour nous plonger dans une ambiance désuète, une romance singulière où la passion reste silencieuse, où les corps mêmes ne se touchent pas facilement, beaucoup de choses passent par les yeux. Giannoli pose un regard tendre sur le métier de chanteur « ringard » adoré des seniors, sans s’en moquer, en lui rendant même un certain hommage. Style naturaliste à l’appui, le film perd de son intérêt en cours de route quand on comprend qu’au lieu de vivre une histoire d’amour heureuse et épanouissante, Alain et Marion se tournent autour, se jaugent, hésitent à se livrer entièrement… et Giannoli finit par faire pareil, nous retirant ainsi une part d’émotion réelle.
En réalité, le plaisir immense que l’on prend à regarder ces êtres s’aimer sans bruit ni fracas vient avant tout du duo Depardieu/Cécile de France, à la symbiose mystérieusement immédiate. Lui, livrant une partition sensible et investie qui compte parmi ses dernières belles créations d’acteur. Elle, sortant définitivement des rôles d’éternelle jeune fille sympatoche et rigolote: ici, elle est même plutôt sombre, fermée, sans doute blessée et pourtant jamais plaintive. Giannoli les dirige avec une vraie tendresse et son film leur doit énormément. En définitive, les histoires simples restent décidément les plus touchantes.
ANNEE DE PRODUCTION 2006.



