Au cœur des steppes d’Anatolie, un meurtrier tente de guider une équipe de policiers vers l’endroit où il a enterré le corps de sa victime. Au cours de ce périple, une série d’indices sur ce qui s’est vraiment passé fait progressivement surface.
Avant Winter Sleep ou Les Herbes Sèches qui l’ont définitivement installé parmi les réalisateurs contemporains les plus importants, le turc Nuri Bilge Ceylan avait également impressionné avec son sixième long métrage, Il Etait une fois en Anatolie. Sous couvert de « faux » polar, il en triture les codes habituels avec des éléments narratifs comme un meurtre, une enquête, des indices qui semblent bien vite secondaires dans le script. Cette œuvre, exigeante et austère, décrit par petites touches impressionnistes la difficulté de vivre pleinement sa vie dans la société turque, à travers la peinture des relations intimes et sociales d’un policier, d’un docteur et d’un présumé coupable. Le décor de cette campagne aride, beaucoup filmée dans des plans nocturnes, accentue le sentiment de morbidité, de solitude intérieure des personnages, sans nous éclairer immédiatement sur la direction que veut prendre le réalisateur. Alternant les considérations triviales, les dialogues plus littéraires et les face à face intimes, le film garde tout du long un mystère opaque dans lequel il est parfois difficile de s’immerger. Ceylan utilise toujours la nature comme un personnage à part entière comme jadis les westerns américains, dans laquelle se révèlent au fur et à mesure toute la complexité humaine. Avec un refus total du spectaculaire (comme d’ailleurs dans tout son cinéma), Ceylan préfère frapper l’oeil avec des images intrigantes que l’on oublie pas (ici, un visage taillé dans la pierre surgissant à la lumière d’un éclair, la tache de sang rouge vif sur la joue du héros comme une marque ineffaçable d’une faute passée).
Les trois interprètes (Muhammet Uzuner, Yilmaz Erdogan, Taner Birsel) composent l’essentiel d’une distribution exclusivement masculine -à l’exception de la femme du mort que l’on voit de manière furtive à la morgue-. Ceylan propose un voyage au bout de la nuit dépaysant, contemplatif et lent dans lequel les phares des voitures nous guident un peu à l’aveugle, à l’instar de son film suivant Winter Sleep, sorte d’expérience sensorielle unique qui a remporté la Palme d’Or à Cannes. Quand le jour se lève enfin et que vient l’ultime partie (la découverte du corps et son autopsie), Il Etait une fois en Anatolie lève aussi un peu le voile sur ses protagonistes déchus, dont les existences portent chacune des drames enfouis que l’on devine clairement. Ceylan a obtenu le Grand Prix du Jury à Cannes avec ce film envoutant.
ANNEE DE PRODUCTION 2011.



