Dominée par une mère castratrice, Charlotte Vale est avant l’âge une vieille fille laide, mal fagotée, refoulée. Soignée pour dépression par le Dr Asquith, elle se transforme bientôt en jeune femme séduisante et positive. Au cours d’une croisière, elle rencontre Jerry Durrance, un homme marié malheureux en ménage. Ils tombent profondément amoureux de l’autre malgré tout….
Classique des grands mélodrames hollywoodiens, Now Voyager conte l’histoire à rebondissements d’une « pauvre » fille renfermée et isolée, écrasée par l’éducation rigide de sa mère parvenant à changer la donne en devenant une femme accomplie, épanouie, capable de s’assumer et de trouver un sens à sa vie. Un scénario qui peut paraitre « niais » sur le papier, mais transcendé par la combinaison habile d’une tendre histoire d’amour, d’un drame psychologique intense et le récit d’une transformation physique et spirituelle. Derrière la caméra, Irving Rapper, un réalisateur britannique exilé en Amérique peu de temps avant la guerre, et qui restera connu surtout pour quelques oeuvres mélodramatiques de bonne facture. Ce film ci marque sans aucun doute son sommet, délivrant une mise en scène convaincante (peut être un peu trop aidée par les trémolos d’une musique omniprésente) et surtout une aptitude à filmer son héroïne sous tous les angles et captant les moindres nuances de son visage changeant.
Sa vedette justement emporte le film très loin grâce à une interprétation de tout premier ordre: Bette Davis, alors star incontestée de la Warner, se montre enlaidie et peu à son avantage en vielle fille renfrognée, avant de sortir le grand jeu et se muer en magnifique femme amoureuse et pleine d’assurance. Davis fut nommée pour la sixième fois à l’Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle, sans toutefois le remporter. Ses partenaires masculins, Paul Henreid et Claude Rains, paraissent limite fades à ses côtés. Now Voyager a acquis une réputation solide avec le temps, car son romantisme échevelé laisse difficilement indifférent et combien de coeurs (solitaires ou unis à un autre) n’a pas succombé en entendant la réplique finale: « Oh Jerry, ne demandons pas la lune! Nous avons déjà les étoiles! ». Mélancolie quand tu nous tiens!
ANNEE DE PRODUCTION 1942.



