En Russie, a la fin du XIXe siecle, Constantin, un jeune écrivain, est amoureux d’une actrice, Nina. Mais cet amour n’est pas reciproque. Constantin tue une mouette et la dépose aux pieds de Nina…
Réalisateur américain affectionnant souvent les lieux clos (Douze Hommes en colère, Le Crime de l’Orient Express), Sidney Lumet avait une véritable passion pour le théâtre et la littérature et La Mouette, pièce maitresse de l’auteur russe Tchekhov, devient inévitablement un de ses projets d’adaptation sur grand écran. Lumet choisit la fidélité la plus totale au texte originel et la rigueur de sa mise en scène entre en adéquation avec l’esprit slave du roman: filmé dans une nature ensoleillée au bord d’un lac sauvage, le film aborde les relations de jalousie, d’amour et d’admiration qui nouent plusieurs personnages, tous artistes (un écrivain, un jeune auteur, deux actrices d’âge différents) et les intrigues sentimentales qui en découlent. Il y est question d’Art, de rapports mère/fils conflictuels, d’amour non réciproque, de coeurs blessés. Lumet ne parvient pas toujours à « aérer » ses longues plages de dialogues et les mots échangés, nombreux, constituent l’essentiel de l’action, en plusieurs saynètes confrontant souvent deux protagonistes livrant leurs rancoeurs et leurs émois profonds. Comme dans la pièce, c’est dans le dénouement tragique que chacun et chacune sont confrontés à leurs images, mais pendant 2H20 (parfois non dénuées d’ennui), les tourments qui les habitent décrivent leur incapacité à aimer sereinement et souffrent inévitablement dans des sentiments sans retour. En effet, si l’on retrouve la beauté sèche du style Tchechov, le « passage au cinéma » se fait de façon un peu outrée, avec une certaine absence de fluidité.
L’indéniable force du film se niche dans la distribution grandiose où l’on retrouve David Warner en Constantin, auteur plein de doutes et écorché vif, James Mason en Trigorine l’écrivain à succès insatisfait de son oeuvre. Et du côté des femmes, deux personnalités majeures: Vanessa Redgrave incarne Nina, la toute jeune actrice en devenir fille d’un riche propriétaire, et déjà dotée d’un jeu très moderne et Simone Signoret campe Irina, l’actrice « mûre » et mère de Constantin, où elle donne toute la mesure de son talent (avec une légère tendance au cabotinage). Il serait sévère de porter un jugement trop négatif sur cette version du texte de Tchekhov, même s’il faut bien avouer que Lumet ne semble pas complètement dans son élément. Pour le casting, la découverte vaut le déplacement.
ANNEE DE PRODUCTION 1968.



