L’homme d’affaires Hirayama se montre fort réticent lorsqu’il apprend que sa fille Setsuko veut épouser un jeune homme qu’il n’avait pas envisagé comme gendre. Setsuko organise le mariage sans son aide et c’est contre sa volonté qu’il y assiste. Le couple part ensuite pour Hiroshima. Poussé par ses amis, Hirayama surmonte ses convictions et va leur rendre visite.
Le cinéaste Yasujiro Ozu avait une seule et même obsession dans ses oeuvres: décrypter la famille japonaise, décrire les relations parents enfants, montrer le fossé entre les générations et parler mariage, engagement, conventions sociales. Lui qui est resté toute sa vie durant un célibataire endurci vivant auprès de sa mère s’acharnait dans ses films à traiter de la vie conjugale et de ses tourments. Fleurs d’Equinoxe ne fait pas exception à cette habitude et son style esthétique pas davantage: la caméra toujours posée au sol scrute ses personnages dans leur moindre réaction et les champs contre champs se succèdent pour recueillir les sentiments de chacun, sans esbrouffe ni mouvements d’appareil. Ozu met en scène un Japon se transformant sous le coup de la modernité, faisant peu à peu disparaitre les traditions ancestrales comme le mariage arrangé notamment. Ici, on assiste à la confrontation d’un père buté face à la décision de sa fille de se marier avec l’homme qu’elle aime et s’est choisi toute seule: d’ailleurs en cela, Ozu trace le portrait d’une jeunesse beaucoup moins soumise, de jeunes filles décidées à s’émanciper du joug paternel, se libérer des chaines qu’on veut leur imposer. Une nouveauté dans le cinéma de l’auteur du Voyage à Tokyo: l’utilisation de la couleur qu’il avait jusque là dénigré.
Soutenu par quelques uns de ses acteurs fétiches comme Kinuyo Tanaka ou Shin Saburi, Fleurs d’Equinoxe ne comporte pas de grandes scènes d’émotion, cependant Ozu instaure une vraie proximité avec ses personnages et nous les rend vite attachants, alors même que la « position du tatami » avec son point de vue à 90 cm du sol provoque pourtant une distance volontaire avec le spectateur. C’est tout l’art d’un cinéaste connaissant parfaitement son sujet et sa façon de toucher nos coeurs avec une simplicité désarmante. Et il n’a besoin que de très peu de mots pour signifier l’acceptation tardive du père en faveur du bonheur de sa fille, car il prend conscience que la vie est courte, qu’il faut la prendre à bras le corps et montrer à ceux qu’on aime combien on tient à eux.
ANNEE DE PRODUCTION 1958.



