L’ATALANTE

La jeune femme d’un marinier, fatiguée de sa vie monotone sur la péniche  » l’Atalante « , se laisse un jour attirer par les artifices de la ville, laissant son mari dans un profond désespoir. Mais cruellement déçue, elle revient à lui et le bonheur tranquille reprend son cours le long des fleuves, en compagnie du vieux marinier, le père Jules.

Faisant suite à trois premiers courts et moyens métrages dans sa jeune carrière de cinéaste dont Zéro de Conduite, Jean Vigo passe au format long avec L’Atalante. Et signe rien de moins qu’un des films les plus poétiques de notre patrimoine. Sa trame de base (les noces d’un marinier et la vie du couple sur une péniche) sert de prétexte à des variations très personnelles, des digressions picaresques (le personnage du père Jules, insolite, tout droit sorti d’un roman de Céline), les aspects réalistes (le chômage qui rôde, la condition rude des mariniers), Vigo adopte un style un peu « hâché » qui fonctionne pourtant merveilleusement car il ne cesse d’insérer de la féerie dans un quotidien habituellement morne (la guinguette en est un parfait exemple). L’Atalante trimballe une nostalgie profonde et un romantisme fiévreux, tout à la fois joyeux et triste: un paradoxe à lui tout seul! Cette histoire d’amour universelle s’autorise des audaces inédites, confirmant les expérimentations esthétiques que Vigo avait mises en place sur Zéro de conduite (le burlesque et le réalisme s’entremêlant), filmant le désir physique entre les époux avec une sensualité rare, plaçant ses personnages dans des espaces réduits (l’intérieur de la cabine ressemble à un aquarium), les pièces bourrées d’objets curieux, remplies de chats et de chatons et une fois à l’extérieur, notamment sur le pont, il nous donne un sentiment de liberté immense. Les très beaux plans nocturnes bénéficient d’une lumière spectrale où le visage de la femme ressemble littéralement à un phare dans la nuit.

Cette femme, c’est Dita Parlo, comédienne allemande, à l’accent prononcé, devenue culte grâce à ce rôle d’épouse en proie aux tentations amoureuses, folle de son homme mais éprise aussi d’envies d’ailleurs. Son compagnon joué par Jean Dasté fait un marinier amoureux et aventurier. Pourtant, celui que l’on ne peut oublier, c’est Michel Simon, acteur chez Renoir dans La Chienne et Boudu, atypique avec sa laideur invraisemblable, son humour caustique, sa gouaille de titi parisien: il incarne un père Jules bardé de tatouages, presque « un texte vivant » inscrit sur sa peau, voguant sur la péniche comme un être à part. L’Atalante reste plus de 90 ans après un bijou précieux de naturalisme, l’oeuvre d’un réalisateur incompris, que l’on a taxé de « saugrenu » et mort trop tôt pour défendre son style unique.

ANNEE DE PRODUCTION 1934.

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

Un classique "maudit" que Jean Vigo ne verra pas éclore puisqu'il mourut avant la sortie de ce film unique, à la croisée du naturalisme et du réalisme. La poésie filmique à son zénith. Michel Simon et Dita Parlo dans des rôles phares de leur parcours.

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