Gabrielle, 55 ans, se consacre corps et âme à son métier de chirurgienne et de chef de service dans un grand hôpital public. Elle est mariée, sans enfants. Un jour, elle fait la connaissance d’une jeune écrivaine, Frida, qui vient faire un « stage » d’études pour nourrir la matière de son prochain livre. Les deux femmes vont se rapprocher peu à peu, et l’existence de Gabrielle va s’en trouver chamboulée….
Voici cinq ans que la réalisatrice Charline Bourgeois Tacquet nous avait réjouis avec sa comédie sentimentale piquante Les Amours d’Anais, déployant un ton enjoué, amusant et juste. Elle remplie cette année avec une œuvre encore plus aboutie et à l’écriture savamment pensée. Construit en 11 « chapitres » ce portrait féminin hyper touchant emballe de bout en bout par la profondeur de son traitement, l’acuité de son regard, la tendresse affirmée pour son héroïne, bourreau de travail et femme « moderne » à l’énergie débordante, ne vivant que pour son métier et oubliant presque de vivre. Justement, une simple rencontre va rebattre les cartes de cette existence tracée et aliénante, un amour naissant et inattendu va bouleverser ses certitudes et son for intérieur. Le film alterne la dureté des réalités de terrain (la charge de travail inouï du personnel hospitalier, les malades à rassurer et à prendre en charge) et la douceur des corps qui se découvrent et se touchent avec une infinie délicatesse. Charline Bourgeois Tacquet impose un traitement remarquable de réflexion, émeut par ce qu’elle dit de la femme d’aujourd’hui, le tout par le biais d’une mise en scène jamais intrusive, toujours accompagnante de ses personnages. On pourra accuser la cinéaste d’un excès de « classicisme » sans doute, pourtant il ne gâche rien de l’ensemble, tout semble couler de source, arriver à point nommé. Avec un charme évident.
Que serait cependant cette histoire de femme sans l’apport grandiose de son interprète principale ? En actrice accomplie soucieuse de nuances et de justesse, Léa Drucker livre une prestation ébouriffante, creusant un sillon comme nul autre dans le cinéma français. Fort bien secondée par un casting de qualité comprenant Mélanie Thierry (décidément de plus en plus irrésistible), Charles Berling en mari « délaissé » ou encore Marie Christine Barrault, formidable maman atteinte d’Alzheimer. La force d’Une vie de Femme se situe exactement dans son aptitude à capter la complexité des sentiments multiples, à décrire finement le parcours d’une femme de tête qui ne demande qu’à baisser les armes pour laisser aussi s’exprimer ses fragilités et s’autoriser à ouvrir son cœur. Ce qui ne peut manquer de toucher le nôtre. A ne pas manquer.
ANNEE DE PRODUCTION 2026



