Garance est une jeune actrice mais qui n’est pas une vedette. Elle gère et assure tout de son mieux, vaillante, joyeuse, soldate, et elle trouve dans l’alcool un carburant, un réconfort inconditionnel. Garance change de vie et commence alors un parcours de huit ans de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs. Une révolution intime, amicale et sexuelle, mais elle consomme toujours plus. Jusqu’à la potentialité de la mort…
Décidément très douée pour une écriture précise, juste, sensible, Jeanne Herry nous cueille avec son quatrième long métrage, trois ans après le bouleversant Je Verrais toujours vos visages. Garance c’est une trentenaire, actrice dans une troupe de théâtre, profitant à fond de la vie, de ses amis, constamment en soirées et qui va basculer d’une pratique d’alcool festif à une addiction de plus en plus dévorante. Inconsciente des dégâts qu’elle s’inflige, elle se heurte à ses proches qui vont tenter de la « réveiller » et de lui faire admettre l’étendue de son mal. Le film ne sombre jamais dans une pesante démonstration, n’essaie pas de prendre en pitié son personnage (capable elle même d’autodérision), il se déroule juste de phases en phases, décrivant l’état d’ébriété quotidien, les castings foirés, la lente dégradation qui ne prévient pas. Garance parle aussi d’amour, de celui qui grandit et accompagne sans jugement hâtif, une relation très forte se nouant entre la jeune femme et une autre belle âme prête à l’aimer inconditionnellement. Apparemment discrète, la mise en scène de Jeanne Herry consiste intelligemment à suivre son héroïne au plus près, laissant la caméra « choper » ses moindres regards, sa gestuelle, ses déplacements. Ce portrait féminin très fort réussit le pari de ne pas traiter d’alcoolisme avec tous les clichés que l’on a vu cent fois ailleurs, il subsiste toujours une énergie dans l’ensemble, même au pic des moments les plus critiques.
Déjà dirigée par Jeanne Herry sur Je Verrais toujours vos visages, Adèle Exarchopoulos investit le film de la première à la dernière image avec un aplomb sidérant, filmée par la réalisatrice un peu comme elle le fut jadis par Kechiche sur La Vie d’Adèle (avec un regard toutefois plus viscéral). Quand elle doit fondre en larmes d’un instant à l’autre dans une scène, elle est démentielle! En face d’elle, Sara Giraudeau hérite d’un superbe « second » rôle, celui de l’amoureuse totale, d’une douceur infinie, compatissante et battante. Une des plus belles prestations de cette comédienne que l’on aime de plus en plus au fil des films. Toutes leurs séquences communes témoignent d’une jolie alchimie dans leur jeu. Garance est certes reparti bredouille du dernier festival de Cannes, en tout cas on sort conquis de la salle après deux belles heures de cinéma exaltant.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



