ROSE

Au lendemain de la guerre de Trente Ans, un mystérieux soldat balafré s’installe dans un village isolé d’Allemagne. À force de labeur et de services rendus, il gagne la confiance des habitants et croit enterrer son secret. Alors que les villageois commencent à le considérer comme l’un des leurs, tout bascule lorsqu’ils se mettent à douter de sa véritable identité.

Située à la fin de la guerre de 30 ans, en plein milieu du XVIIE siècle, l’action de Rose découle d’un scénario écrit par l’allemand Markus Schleinzer profondément romanesque et décrivant un pays englué dans un patriarcat rigide, refusant tout « écart » dans la normalité et où la question du « genre » n’avait évidemment pas du tout lieu d’être. Hors, l’héroïne se trouve justement être une femme se prenant pour un homme et gardant son secret sur sa véritable identité. Sous l’influence directe de Dreyer (on songe plusieurs fois à La Passion de Jeanne d’Arc) et dans une moindre mesure à Haneke ( période Ruban Blanc), Rose nécessite une attention soutenue pour « entrer » dans son sujet tant la mise en scène de Schleinzer croule sous l’austérité. Le récit s’articule autour d’un axe réaliste tout en présentant les atours d’un conte médiéval où l’identité sert de pivot narratif, enrichi d’une voix off qui ne s’embarrasse pas avec le contexte historique et se concentre sur la réaction des villageois découvrant peu à peu que ce soldat qu’ils pensaient « sans tâches » n’est pas celui qu’il prétend. On pense lointainement au Retour de Martin Guerre dans lequel l’usurpation d’identité condamne le personnage à une mort certaine. Magnifié par un très beau noir et blanc, l’esthétique du film vaut vraiment le coup d’oeil et se rapproche de l’atmosphère picturale flamande. Le thème de la bigoterie d’une Europe centrale rétrograde trouve une résonnance avec notre monde moderne dans la façon de juger les personnes queer.

Par ailleurs, l’interprétation impressionnante de Sandra Huller, devenue incontournable depuis Anatomie d’une chute en 2023, se hisse au niveau d’exigence requis pour ce rôle complexe et intense à jouer. Avec sa figure balafrée, son allure paysanne et androgyne, elle nous fait croire sans mal à cette Rose aux traits masculins, dénuée de toute coquetterie. Le déroulement tragique de sa condition pèse sur nos coeurs jusqu’au final abrupt et d’une réelle âpreté. Féministe, dur, pas forcément aimable, ce film en laissera sûrement sur le bord de la route et touchera les autres. Tout comme Haneke, le cinéma de Schleinzer revendique son caractère clivant.

ANNEE DE PRODUCTION 2026.

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

Du cinéma allemand pas "facile" d'accès et exigeant, une réalisation austère augmentée par une esthétique hyper soignée. Sandra Huller, actrice totale, donne son maximum.

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