Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Mais l’intensité des débuts laisse place à une relation où elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu’à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle qu’il exerce sur sa vie…
Après trois comédies sympathiques dont le populaire Tout ce qui brille en 2010, l’actrice réalisatrice Géraldine Nakache prend le risque courageux de changer de registre pour livrer ce drame intense sur un sujet sensible et très actuel: l’emprise dans le couple. On se souvient par exemple de Mon Roi de Maiwenn ou plus récemment de L’Amour et les Forêts (deux belles réussites à voir). Son film démarre sous les auspices d’une histoire d’amour idyllique et prometteuse pour rapidement virer à une relation toxique et destructrice entre une jeune femme et son mari, un pervers narcissique aussi charmant que manipulateur. Si tu penses bien évoque autant l’aveuglement religieux (les personnages sont de confession juive) que les mécanismes insidieux d’une emprise psychologique avec ses différents aspects (éloignement du conjoint avec ses proches, jalousie extrême du partenaire, surveillance excessive des faits et gestes). Gil subit en silence les réprimandes, la culpabilisation permanente, la violence souterraine d’un compagnon toujours sur le qui vive pour la rabaisser. La réalisation de Géraldine Nakache manque sûrement d’un peu de force, par rapport au « sérieux » de son propos, néanmoins ses intentions sincères et son traitement bénéficie d’un regard juste et lucide. En répétant le rituel du « mekvé », elle permet de voir l’évolution de son héroïne, comment elle endure malgré elle cette relation et l’impasse dans laquelle elle se trouve.
Géraldine Nakache peut également compter sur l’implication de ses deux interprètes. Monia Chokri convainc sans mal en épouse humiliée et emprisonnée. Mais c’est surtout Niels Schneider qui impressionne en pervers narcissique odieux, présentant une nouvelle facette de son registre finalement plus étendu que prévu. Dans un rôle poignant de mère impuissante, Clémentine Célarié se distingue admirablement. Cette autopsie glaçante de l’intérieur même du couple se double d’un récit d’émancipation féminine aux résonnances évidemment modernes et surtout l’histoire nous touche parce qu’elle sent le vécu, pas seulement parce que Nakache se serait documenté sur la question. La structure des allers retours dans le temps tend à prouver combien les victimes de ce type de violences conjugales prennent pleinement conscience de leur situation après de longs mois, voire de longues années de mauvais traitements.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



