Il y a du grabuge dans les services secrets français. Le n°2 conspire contre le n°1 qui s’attend à recevoir des coups. Le grand chef décide de piéger son adjoint en inventant de toute pièces un super espion supposé faire le ménage dans la grande maison. il décide de choisir un homme au hasard et de s’en servir comme appât. Il tombe sur François Perrin, un violoniste excentrique débarquant à Orly avec une chaussure jaune et l’autre noire…
Après le succès d’Alexandre le Bienheureux, le réalisateur français Yves Robert s’est associé au scénariste Francis Veber pour concocter une comédie d’espionnage qui pourrait prétendre à se démarquer dans le genre, quelque part entre la fantaisie et le loufoque. Avec ce script rondement mené de l’innocent calamiteux déjouant par inadvertance les sombres desseins d’une bande de tueurs, Le Grand Blond emprunte autant au burlesque qu’au cinéma muet, cultivant un grain de folie plutôt inédit encore dans la comédie française et sachant éviter les pièges tentants de la vulgarité. Un peu longuet dans son « exposition », le film présente les aspects d’une intrigue d’espionnage « classique » avec un type ciblé par les services secrets et évidemment on « hérite » à la place d’un anti héros ordinaire, gaffeur, à des années lumière du personnage attendu. Lunaire et hors sol, ce François Perrin là sera l’un des tout premiers dans la longue liste de ceux que Veber utilisera pour ses films futurs (La Chèvre, le Placard). Du comique pince sans rire et subtil se voit aussi ajouté au programme par l’entremise de plans et de gags visuels originaux: Yves Robert s’y entend pour amuser et divertir avec élégance, s’éloignant ainsi de situations de quiproquos lourdingues. A côté de ça, l’académisme de sa mise en scène empêche certainement au film de se placer à un niveau supérieur: qu’importe la mécanique bien huilée de l’ensemble suffit à attirer toute notre sympathie.
Et puis, il y a le casting magistral qui ne manque pas de marquer des points: pour les « méchants espions », Bernard Blier et Jean Rochefort semblent parfaitement indiqués et leurs bouilles bien caractéristiques opèrent à elles seules le numéro. Pour la caution charme (et drôlerie), Mireille Darc n’est pas en reste, notamment dans la fameuse séquence où elle dévoile une robe fourreau noire avec un décolleté dorsal des plus suggestifs. Jean Carmet, en ami victime d’hallucinations, provoque aussi son petit effet comique. Mais bien entendu, le grand gagnant du film s’appelle Pierre Richard, idéal en ahuri complet, surfant d’une scène à l’autre sans user de grimaces à la De Funès: le Blond chaussé d’un seul mocassin noir, c’est tout lui! N’oublions pas de citer Vladimir Cosma à la musique et son petit air de flûte de pan ancré dans les mémoires. Le film a connu un retentissant triomphe, aura droit à une suite -moins réussie- et a permis à Yves Robert d’être considéré comme un auteur sur qui compter.
ANNEE DE PRODUCTION 1972.



