Une agence spéciale se charge de missions trop sensibles pour la police ou les services de renseignement. Elle doit éliminer une terroriste allemande nommée Birgitt Haas. Le but est de l’assassiner en faisant passer le tout pour un crime passionnel…
D’après un bon roman d’espionnage écrit par Guy Teissere qui se distinguait par une ambiance lourde de désenchantement et de fatalité, l’adaptation au cinéma par Laurent Heynemann, ancien assistant de Tavernier, aboutit à un résultat très correct, à mi chemin entre le film policier classique et la bande d’espionnage « à la française ». Le pitch, aussi glaçant que prenant, met en scène une organisation d’agents secrets fomentant l’assassinat d’une ex terroriste allemande. Pour ce faire, ils sont capables de tout et notamment d’enrôler un pauvre type au bord de la déprime, en échec affectif, pour servir d’appât et les emmener tout droit vers leur cible insaisissable. Heynemann conserve le pessimisme du livre quasiment tout du long, avec un enchainement de manipulations et d’intrigues retorses, augmenté par la présence de personnages vils, sans affect, seulement motivés par leur but: éliminer cette femme coûte que coûte! Le récit tient bravement son cap sans faillir, malgré quelques petites invraisemblances sur lesquelles on passera, et par une fin (que l’on ne dévoilera pas évidemment ici) allant à contre courant de la noirceur totale du texte de Teissere. Le score musical inventé par Philippe Sarde confère au film des accents lyriques un peu « discordants » au vu du propos, un « détail » qui ne vient pas pour autant gâcher notre plaisir. Le contexte trouble de l’ex RFA a jusqu’ici très peu servi de sujet politique dans le cinéma français et c’est tout à l’honneur d’Heynemann d’y prendre part.
Au niveau des comédiens, la réunion du tandem Philippe Noiret/Jean Rochefort, inséparables depuis leur association chez Tavernier, trouve là un nouvel écho positif, bien que moins « important », puisque les seconds rôles revendiquent quasiment autant de temps de présence. A l’instar d’un Bernard Le Coq étonnant de justesse, en agent secret arriviste et froid et de Lisa Kreuser, découverte chez Wim Wenders, apportant à son personnage de militante pourchassée un caractère pathétique infiniment touchant. Cette tentative crédible d’espionnage « made in France » n’a hélas pas vraiment connu de « suite », comme si le genre faisait peur à nos cinéastes hexagonaux. Alors, Birgitt Haas doit être doublement salué.
ANNEE DE PRODUCTION 1981.



