Les habitants de la paisible bourgade de Peebles Court en Australie deviennent les cobayes d’un scientifique qui les utilise pour tester une nouvelle vitamine censée être révolutionnaire. Ayant des effets bénéfiques au départ, les effets secondaires, eux, sont malheureusement catastrophiques, mettant à mal les corps…
Quelque part entre série B et Z, Body Trash nous vient d’Australie, avec moins de retentissement que Mad Max, Muriel ou Priscilla folle du désert, livré par un plasticien expérimental et réalisateur à ses heures perdues du nom de Philip Brophy. Un artiste iconoclaste et hors de tout système influencé à la fois par le cinéma de genre américain, le gore, la peinture, et ne se prenant absolument pas au sérieux. L’horreur de Body Trash y est donc clairement parodique, burlesque, et d’un mauvais goût affiché, à la manière de ce que fit Peter Jackson à ses débuts avec Bad Taste ou Braindead. Le script lorgne du côté de Reanimator sur un versant déjanté et annonce The Substance de Coralie Fargeat et les atrocités subies par un produit toxique ingéré par des personnages en recherche de « perfection » physique. Morve, sang, vomi: tous les fluides corporels possibles et imaginables agrémentent les scènes les plus « impressionnantes » et dégueux. Passons outre les effets spéciaux, pas nécessairement très bien foutus (faute de budget), ce qui prime ici c’est de dégoûter par des images trash, radicales, jusqu’à faire rire et dans un certain sens, déranger. Brophy a sans doute aussi beaucoup regardé le cinéma de Cronenberg et son appétence pour le « body horror », le « sérieux » en moins, même si on peut lire dans cette satire sociale une critique sur l’aliénation (culte du corps, travail épuisant). L’esprit punk de Brophy ne va pourtant pas tout à fait au bout de son délire et une bonne partie du métrage se perd parfois dans du comique un peu débilos éloigné du principal centre d’intérêt: la fameuse vitamine tueuse. Directement intégré à l’Ozploitation, un courant ciné australien né dans les seventies, Body Trash cultive avec une joie non feinte le crasseux et le décadent, se moquant au passage du fitness et de l’aérobic (furieusement à la mode aux US).
Pas grand chose à noter du point de vue de l’interprétation: soit les acteurs assument sans complexe leur non professionnalisme, soit ils ont seulement connu quelques petites heures d’une gloire locale dans des productions inédites chez nous. Contaminé par un sens aiguisé du graveleux, cet unique long métrage de Brophy a bien tenté de « réveiller » le cinéma d’horreur moribond de la décennie 90: en pure perte puisque sa sortie en Europe a été plus ou moins « expédiée » et très mal vendue. Le plus regrettable dans l’ensemble reste le scénario, dépourvu d’un fil conducteur vraiment solide, et diluant ses idées au gré de situations uniquement centrées sur l’accumulation de trucages « maison » destinés à nous soulever le coeur. Amateurs de pustules et de détergent, ce film est tout indiqué pour vous!
ANNEE DE PRODUCTION 1993.



