Au cours d’un raid de représailles contre une tribu, un fermier sauve un bébé indien du massacre. Ce bébé, il le confie à sa femme qui l’élève comme s’il était le sien, cachant le secret de ses origines à tous, y compris à ses trois frères. Des années plus tard, la vérité la concernant se répand comme une trainée de poudre. Pour les Blancs, pas question d’accepter qu’une peau- rouge vive parmi eux. Pour les Indiens, elle doit retrouver les siens, de gré ou de force…
C’est en gros le pitch inverse à celui de La Prisonnière du Désert de John Ford: une tribu indienne réclame la jeune fille qui leur a été volée à sa naissance par les côlons blancs. Dans les décors naturels du Grand Ouest, entre contrées désertiques et paysages luxuriants, le réalisateur John Huston signe son unique western, avec une patte personnelle qui se rapproche davantage de l’onirisme que du simple combat entre cow boys et indiens dont le cinéma américain nous a abreuvés les trois décennies précédentes. Le film questionne l’importance des liens maternels et fraternels contre les liens du sang purs, se voit plus fourni en scènes dialoguées qu’en scènes d’action (hormis les dernières vingt minutes avec l’assaut de la maison par la tribu des Iowas), déconcerte donc pour un western hollywoodien, Huston prenant le contre pied des attentes, ce qui ne l’empêchera pas d’être taxé de racisme envers les indiens, décimés les uns après les autres. Le propos, pourtant, parait moins manichéen qu’il en a l’air, l’auteur de Moby Dick semblant rappeler que la couleur de peau ne compte pas justement, il glorifie la puissance de la famille qui éduque. L’apparition fantomatique d’un cavalier solitaire à cheval venant « révéler » la vérité indicible, le piano déposé devant la maison avec la mère jouant du Mozart pour faire fuir les assaillants, la relation quasi incestueuse entre Rachel et son ainé Ben: autant d’idées ingénieuses rendant ce Vent de la Plaine décidément à part dans le genre.
Grand directeur de stars, Huston a minutieusement distribué ses rôles: ainsi, la jeune Peau Rouge devenue une jolie Blanche adoptée prend les traits délicats d’Audrey Hepburn, tandis que son grand frère est joué par Burt Lancaster, défendant avec acharnement sa terre et sa famille. Quelle belle initiative d’avoir confié le personnage de la mère à la sublime Lillian Gish, en place dans le 7e Art depuis le muet et Sjostrôm! Mélangeant avec maestria la poésie et le réalisme, Huston pose une pierre supplémentaire à une filmographie de haute tenue, juste avant de dériver vers le fatalisme et le désespoir des Misfits l’année suivante et encore après de La Nuit de l’Iguane.
ANNEE DE PRODUCTION 1960.



