Paris, 1956. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans la Seine. Peu de temps après, une comédienne est enlevée dans sa loge. Parallèlement à la police, un jeune journaliste, Pierre Lantin, mène l’enquête sur le mystérieux tueur en série, appelé « le Vampire ». Mais son travail est constamment interrompu par les avances répétées de la belle et riche Gisèle, nièce de la Duchesse du Grand…
Artisan sacrément solide du cinéma Bis italien, Ricardo Freda anticipe les contes gothiques de la Hammer avec cette oeuvre fantastique joliment troussée, Les Vampires. Freda s’inspire du théâtre du grand guignol et du serial bien connu de Louis Feuillade (au même titre), empruntant aussi au mélodrame italien et rendant un hommage criant à la « femme fatale ». Dans son script situé curieusement à Paris, une duchesse d’une grande beauté tente le tout pour le tout pour conserver ses traits juvéniles et défier le temps qui passe. Ce pitch rappelle bien sûr le mythe classique de la Comtesse Bathory, se nourrissant du sang de très jeunes filles pour garder éternellement sa jeunesse. Freda s’adjoint pour la photographie le chef opérateur Mario Bava (avant que ce dernier ne devienne lui même un réalisateur de renom), la lumière et le noir et blanc forment une esthétique attrayante et au rendu visuel assez magnifique. Certes, le film souffre un brin de décors artificiels (Paris reconstitué avec des toiles peintes un peu grossières) et surtout le scénario accuse des « trous dans la raquette » digne d’une vraie série B. Freda claque la porte au milieu du tournage et Bava reprend la main avec une efficacité redoutable. Le château mystérieux, l’héroïne à la fois désirable et impitoyable, l’ambiance gothique et la présence d’un savant fou indirectement influencé par Frankenstein comptent parmi les ingrédients majeurs des Vampires.
Au casting, Freda « utilise » sa compagne et très belle muse Gianna Maria Canale, au visage fascinant, et dirige l’acteur français Antoine Balpétré, vu chez Clouzot, Ophuls, et Cayatte notamment, en inquiétant docteur. Le cinéaste transalpin montre les ravages du Mal, le morbide et à ce titre, les effets spéciaux du vieillissement putride de la Comtesse restent dans la mémoire un long moment. Ainsi, en dépit de petits défauts bien pardonnables, Les Vampires ouvre la voie au cinéma fantastique italien, très peu de temps avant les grands classiques du studio Hammer, et Freda autant que Bava peuvent être salués pour leur contribution indiscutable au genre.
ANNEE DE PRODUCTION 1957.



