Désespéré, Michel s’apprête à vivre la pire nuit de sa vie: se sachant condamnée par la maladie, sa femme a décidé de se donner la mort et elle lui a demandé de ne pas l’en empêcher. Il erre dans Paris, fait la connaissance par hasard de Lydia, une femme aussi tourmentée que lui, ils s’apportent un peu de réconfort. Mais l’amour peut il suffire quand on trimballe tant de malheurs avec soi?
Connu pour ses engagements politiques et ses oeuvres fortes comme Z, L’Aveu ou Etat de Siège, le réalisateur Costa Gavras n’avait jusqu’ici jamais changé de registre et oser se confronter à d’autres genres. Il fut séduit par le roman de Romain Gary (assez inspiré de son histoire d’amour avec Jean Seberg) et décida de porter à l’écran Clair de Femme. Ce drame sentimental aux thèmes pas très légers (le deuil, la dépression, le suicide) marque ainsi pour Gavras une expérience nouvelle et inédite. C’est la rencontre de deux solitudes, de deux êtres en pleine souffrance psychologique, ayant tutoyé la mort de près et devenus de véritables écorchés vifs. Une belle idée que de confronter des vies en sursis et tenter de les concilier pour peut être aboutir à un amour possible, ou à défaut d’une solidarité d’âmes perdues. Clair de femme souffre hélas de deux problèmes de taille: le premier vient de la mise en scène de Gavras, jamais sûre d’elle même, on sent le cinéaste considérablement mal à l’aise avec ce matériau et le second provient des dialogues de Gary (au demeurant fidèles au livre et justement bien trop littéraires pour passer la barrière de l’écran). Le film sombre dans un verbiage indigeste et se désagrège sous nos yeux, faute d’enjeux évidents.
Bien sûr, le couple vedette rattrape un peu les grosses faiblesses citées plus haut et il faut tout le talent d’Yves Montand et de Romy Schneider pour ne pas rejeter complètement le film. Les voir réunis de nouveau sept ans après César et Rosalie ajoute à notre plaisir: lui fend l’armure comme rarement, elle désempare en passant d’un sourire triste à un air grave d’une profonde détresse. Gavras n’a pas su leur offrir un écrin à leur mesure. Mieux vaut relire à la rigueur l’ouvrage de Gary pour apprécier son écriture singulière. Au fond, Clair de Femme ressemble à ses personnages: un bateau à la dérive…
ANNEE DE PRODUCTION 1979.



