Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la « lettre jaune » qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple. L’un et l’autre, condamnés pour leurs idées, sont obligés de se réfugier à Istanbul chez la mère d’Aziz. Le compromis entre cette précarité nouvelle et leur engagement politique va mettre leur mariage à l’épreuve.
Le public français a découvert le cinéma d’Ilker Catak en 2024 avec son très fort et oppressant Salle des Profs. Ce réalisateur allemand mais turc d’origine livre cette fois un long métrage situé justement en Turquie, un pamphlet contre le régime dictatorial d’Erdogan avec ce script habilement écrit d’un couple d’artistes engagés qui perdent littéralement leurs emplois respectifs d’universitaire et d’actrice, simplement par leur manière de combattre les idées totalitaires. Ces Yellow Letters leur notifie leur révocation et le début de leurs ennuis: financiers d’abord puisque dépourvus de revenus, conjugaux ensuite car devant l’adversité, le couple voit aussi leurs différences se creuser et gangréner leur amour. Ce film politique dénonce les effets dévastateurs de la dictature et nous plonge dans l’examen de conscience de personnages mis en difficulté et privés de leurs fonctions. Yellow Letters bénéficie d’une mise en scène volontairement théâtrale, montrant combien la liberté d’expression est en danger dans des pays muselés et subissant une censure insidieuse. Certes, par rapport à La Salle des Profs, quelques petites faiblesses peuvent être soulignées comme la durée sûrement trop longue et les intrigues périphériques (autour de la fille rebelle du couple) auraient pu être allégées, mais dans l’ensemble, Yellow Letters suit un chemin narratif intelligent et de très bonne tenue.
L’interprétation investie participe aussi à la réussite du métrage; surtout celle de Ozgu Namal, une actrice turque au tempérament affirmé, au jeu intense incarnant justement une comédienne remettant en question ses idéaux. Son partenaire Tansu Bicer, oscillant entre résignation et idéalisme, se défend tout aussi correctement. Le cinéma sert décidément à ça: pointer du doigt l’obscurantisme ambiant, l’oppression « silencieuse » menée contre les opposants, et Ilker Catak l’illustre avec pertinence et force. Yellow Letters a obtenu l’Ours d’Or à Berlin et ce manifeste en faveur de la liberté et de l’intégrité artistique résonne plus que jamais de façon universelle.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



