Alex Cutter a été traumatisé après la guerre du Vietnam. Son handicap a ruiné sa vie professionnelle et affective. Son ami Richard assiste à un meurtre et croit reconnaitre l’assassin. Mais celui-ci est soupçonné. Les deux compères vont mener l’enquête…
Oublié hélas, sauf par quelques cinéphiles assidus et remis un peu sous les feux des projecteurs par Bertrand Tavernier, fervent défenseur des réalisateurs sous estimés, le tchèque Ivan Passer fut une figure importante de la Nouvelle Vague de son pays et travailla sur certains scénarios de films de son compatriote Milos Forman. Il passe derrière la caméra en 1965 avec Eclairage Intime, une oeuvre personnelle décrivant le quotidien d’une famille de villageois. Exilé ensuite aux Etats Unis, il y signe quelques films notables comme Né Pour Vaincre ou La Loi et la Pagaille. Cutter’s Way ouvre la décennie 80 avec son récit naviguant entre drame psychologique et thriller et mettant en scène un trio pathétique, des êtres brisés soit par l’échec, l’alcool, et surtout par les retombées du conflit au Vietnam. Alex et Richard sont deux potes plein de désillusions, abimés par la vie et par les revers du « rêve américain ». Passer articule un scénario anticonformiste, étonnant pour un film de studio (United Artists), présentant des loosers désenchantés dans une époque qui ne veut plus d’eux. Le cinéma US passe d’habitude par des héros « bien en place » pour donner l’illusion que tout roule comme il faut dans le pays, or Passer ose au contraire montrer l’inverse, décrivant la psychologie douloureuse de ces hommes laminés, finalement déjà un peu morts. La femme qu’ils aiment tous deux se bat aussi contre son penchant pour la bouteille et pour oublier qu’elle ne peut pas résoudre le mal être de ces deux amis. Très européen dans l’esprit, Cutter’s Way remue davantage les tripes sur son versant tragique, un peu moins sur l’histoire policière -prétexte- qui s’y déroule avec le meurtre mystérieux d’une pom pom girl.
Il y a de quoi applaudir des deux mains pour saluer l’interprétation, emmenée par Jeff Bridges en gigolo minable et surtout de John Heard, absolument intense en infirme de guerre haïssant tout et tous, à commencer par lui même, et obsédé par l’idée de revanche. Leur partenaire féminine Lisa Eichhorn, une actrice pas très connue, s’avère émouvante en épouse impuissante. Ivan Passer ne prend pas de gants pour dépeindre une Amérique qui se débat encore avec des démons bien vivants, dépassés par les conséquences d’un conflit traumatisant et qui a laissé sur le carreau des hommes trop fragiles pour endurer l’horreur. Que dire de la scène finale, totalement folle, sidérante au sens littéral du terme? Ce film, malheureusement frappé d’un échec cinglant à sa sortie, doit être redécouvert avec un oeil neuf et sortir de l’oubli injuste dans lequel il a été enfermé.
ANNEE DE PRODUCTION 1981.



