Fils d’un magnat du pétrole, Kyle Hadley, ivrogne et noceur, se range en épousant Lucy que lui présente son meilleur ami d’enfance, Mitch. Mitch est pourtant également secrètement amoureux de Lucy. Dans la famille Hadley, il y a aussi la soeur Marylee, jeune femme nymphomane et aguicheuse, régulièrement mêlée à des histoires de moeurs scandaleuses.
Dans chaque mélodrame de Douglas Sirk, les passions se déchainent et entrainent les personnages dans une spirale tragique qui les dépasse, même s’ils y ont largement contribué par leurs névroses, leurs lâchetés, leur incapacité à vivre tout simplement. Et Ecrit sur du Vent ne déroge pas à cette règle, la hissant au sommet des oeuvres de l’auteur de Mirage de la Vie. Par l’entremise de décors étouffants (une grande demeure ressemblant à un mausolée, des bars miteux), le script fonctionne dès le départ par un flash back qui nous ramène un an avant le final pour expliquer les raisons entrainant la décrépitude de ces êtres liés par le sang ou par des sentiments dont ils ne maitrisent pas la portée. Sur un canevas que reprendra largement le feuilleton à succès Dallas, Sirk installe son intrigue dans une riche famille d’industriels pétroliers, pourris par le fric et incapables de mener une existence équilibrée (l’alcoolisme et des tourments mal digérés vont entrainer l’inexorable chute du personnage central, risquant au passage de mener les siens dans la déchéance). Ecrit sur du Vent bénéficie d’un Technicolor presque trop criard, comme pour exacerber un peu plus le feu qui couve dans les coeurs de chacun et Sirk nous livre une mise en scène assez magistrale faite de cadrages précis, de travellings majestueux, bref d’un style bien à lui qui le rendra quasi inimitable à Hollywood. Conflits de caractères, amours impossibles, rivalité amicale: enfermés dans une cage dorée, les quatre êtres humains de cette histoire dramatique se débattent pour ne pas sombrer, la fatalité aura presque raison de chacun d’eux.
Soulignons particulièrement la distribution savamment choisie par Sirk: pour les deux rôles masculins, Robert Stack affiche une dureté et un désespoir marqué qui lui colle à la peau tandis que Rock Hudson (acteur fétiche de Sirk) joue sa partition de beau gosse presque observateur des événements et demeurant jusqu’au bout quasi imperturbable. Chez les femmes, Lauren Bacall endosse le rôle de l’épouse croyant vivre un conte de fées avant de déchanter et Dorothy Malone campe la soeur nymphomane et en apparence insensible avec maestria (Oscar pour elle!). Ce qui n’aurait pu ressembler qu’à un vulgaire « soap opéra » devient alors une flamboyante tragédie au happy end ambigu dans laquelle les envolées lyriques constituent tout ce que l’on trouve de mieux dans la production américaine des années 50. Autant en emporte ce vent là !
ANNEE DE PRODUCTION 1956.



