Aux Etats Unis, pendant la guerre du Vietnam, les sentiments de Sally se partagent entre son mari Bob, parti au front et Luke, un ancien camarade d’université qui a perdu l’usage de ses jambes au combat….
En quelques mois, au cours des années 78 et 79, sortaient sur les écrans trois des plus importants films consacrés à la guerre au Vietnam. Apocalypse Now, faramineuse fresque imaginée et conduite par Coppola avec une démesure inédite, Voyage au Bout de l’Enfer de Cimino sur les retombées psychologiques du conflit sur trois copains d’enfance enrôlés dans le même régiment et ce Retour réalisé par le moins connu Hal Hashby qui s’était surtout distingué avec Harold et Maude et Shampoo. Il aborde les traumatismes physiques et mentaux des militaires américains survivants de la guerre et de leur difficile réinsertion dans une vie civile « normale ». Hashby dénonce évidemment les horreurs d’un conflit qu’une large part de la population ne voulait pas et soulève justement la mauvaise conscience d’une Amérique en pleine crise identitaire. Le script prend soin de laisser les images de guerre hors champ (contrairement aux deux autres films cités plus haut), c’est bien de l’après dont il s’agit. Retour est également une belle histoire d’amour entre un vétéran infirme et une épouse de soldat parti au front, les moments de douceur et de tendresse tranchant avec la rudesse du sujet traité. Hashby décrit des hommes détruits de l’intérieur, revenus transformés et plein de désillusions sur la politique menée par Nixon. Pour autant, le film ne manque pas d’espoir et de tolérance, bien plus axé sur l’humain, ce que Coppola par exemple ne mettait pas en avant. Porté par une bande originale incluant aussi bien les Stones que Janis Joplin, les Doors que Jimi Hendrix, Retour nous replonge avec une vraie nostalgie dans les années 70.
Productrice et actrice centrale du projet, Jane Fonda a mis toute son énergie dans son personnage, impliquée personnellement dans la lutte contre l’intervention américaine au Vietnam, figure de proue du mouvement contestataire qui vit le jour vers 1970. Sobre, émouvante, belle sans que la caméra ne cherche à se focaliser uniquement sur elle, elle décroche pour l’occasion son second Oscar de la meilleure actrice, sept ans après le polar sombre Klute. Son partenaire, John Voight, découvert avec Macadam Cowboy et starisé avec Délivrance, incarne le soldat handicapé dont elle s’éprend. Enfin, Bruce Dern joue le mari rentrant brisé du combat, radicalement changé par l’expérience. Ce beau film intelligent et sans pathos mérite une redécouverte, réveillant les fantômes d’une Amérique « coupable ».
ANNEE DE PRODUCTION 1978.



