Confronté à la souffrance, l’angoisse et la violence des rapports humains, le docteur Sachs tombe malade lui même. Révolté par l’arrogance du savoir médical et le sentiment de son impuissance. Il se met à écrire pour exorciser ses peines et ses doutes.
Au départ un roman singulier de Martin Winckler dont s’empare Michel Deville, un des plus discrets et sensibles réalisateurs français. Le script pourrait être d’une banalité redoutable: suivre le quotidien d’un médecin généraliste d’une petite campagne, prenant sur lui toute la souffrance et les misères humaines avec dans la plupart des cas l’impossibilité de les résoudre ou de les guérir. En guise de thérapie, l’écriture lui permet de digérer le nombre invraisemblable de douleurs que son métier l’oblige à combattre et à soigner et ainsi, se répare -à sa manière- l’âme et le coeur. Deville était fait pour ce sujet et cette matière là, car les mots de Winckler résonnent idéalement dans son cinéma littéraire (souvenez vous de La Lectrice), son style épuré et son esprit très fin. La Maladie de Sachs ce n’est pas seulement la sienne, mais celles de tous ses patients: devoir affronter la vie avec ses maux, continuer son chemin en sachant pertinemment qu’un jour il se termine dans un trou et accepter de n’être que de simples mortels. Avec une infinie patience, une douceur dans la voix et un panel de mots rassurants, ce docteur cherche à redonner de l’espoir et de la vitalité à des êtres plaintifs, souvent en réelle détresse psychique et/ou physique, il les guide vers une porte de secours et s’oublie lui même, faisant de cette activité un vrai sacerdoce. La caméra de Deville ne lâche pas son médecin du regard et nous entraine dans ses consultations, en évitant tout voyeurisme, au contraire en décelant l’intime et l’enfoui en nous.
Le réalisateur d’Eaux Profondes a trouvé un interprète magistral en la personne d’Albert Dupontel (dans son meilleur rôle?), si loin de ses prestations comiques déjantées, et livrant un registre dramatique inexploré. Il est ce toubib plein de doutes, de compassion, d’humanité et on y croit dur comme fer! La trentaine de tout petits rôles jouant les patients défilant dans son cabinet a été également scrupuleusement choisi et dirigé par Deville. Notons la présence de Dominique Raymond en assistante dévouée et d’un calme olympien. D’une modestie exemplaire et cependant fort dans ce qu’il raconte, le film n’est jamais glauque ou répétitif, mais au contraire une chronique sociale pointue sur notre condition. En tout cas, une oeuvre à voir absolument.
ANNEE DE PRODUCTION 1999



