En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse leur réalité à tous…
Pour la seconde fois de sa carrière après Le Passé, l’iranien Asghar Farhadi pose sa caméra en France et invente un scénario à tiroirs dans lequel il nous entraine avec sa maitrise habituelle. Récit d’abord mystérieux, ces Histoires Parallèles se veulent opaques pendant un bon tiers (tout le temps où l’héroïne, Sylvie, romancière, tisse son livre à partir des observations qu’elle a faites autour d’elle et en face de chez elle, extrapolant la vie d’une inconnue lui rappelant sa mère!). En interrogeant la frontière parfois ténue entre réalité et fiction (surtout en plein processus de création), Farhadi prend son temps pour dénouer les fils d’une intrigue à la fois existentielle et presque inquiétante, comme dans un thriller de De Palma auquel on pense par moments. Son scénario, comme toujours chez lui très bien construit, fait s’entrecroiser les vies de cinq personnages pour en faire un drame choral assez insaisissable et curieux. Le réalisateur de Une Séparation a repris l’idée d’Une Brève Histoire d’amour, un des segments du Décalogue de Krysztof Kieslowski pour dessiner la matière de ce script vertigineux autour du voyeurisme, de l’imagination, de la fragilité des relations humaines. Bien sûr, Farhadi se distingue aussi par son oeil acéré, sa mise en scène précise et bien pensée (un gros coup de coeur pour son travail sur le son!).
Histoires Parallèles tient également les promesses induites par son casting de stars (uniquement hexagonales). Si Isabelle Huppert en romancière acariâtre et sèche n’étonne guère par son talent déjà mille fois prouvé, Virginie Efira mérite de vrais louanges en se montrant de plus en plus intense dans son jeu, prenant une dimension véritablement intéressante au fil des rôles. Les acteurs ne sont pas en reste: Vincent Cassel n’en fait pas des caisses et la sobriété lui va beaucoup mieux, Pierre Niney parait en retrait sans perdre de son charme pour autant, et enfin Adam Bessa, élément crucial du récit, confirme les espoirs mis en lui depuis Harka et Les Fantômes. La petite participation de Catherine Deneuve en éditrice pour une courte scène d’affrontement relève du petit plus non déplaisant. On aime décidément le cinéma d’Asghar Fahradi: complexe, riche, captivant.
ANNEE DE PRODUCTION 2026



