Romain, 30 ans, vit à 100/h jusqu’au jour où il apprend qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre. Le temps de rompre avec le superflu et retrouver l’essentiel: lui même!
Pour son huitième long métrage, François Ozon aborde un des genres qu’il admire sûrement le plus, le mélodrame, et opte pour un traitement aussi rigoureux que sec. Traiter de la maladie et en l’occurrence de la mort qui approche pour un jeune photographe de mode atteint d’un cancer et ne pas verser dans les travers « pathos » de bon nombre de cinéastes qui ont déjà plus ou moins aborder le sujet dans le passé. Le Temps qui reste entend surtout montrer furtivement la vie avant l’annonce du pronostic, tout de suite après avec la sidération et la colère devant l’injustice, un peu plus tard viennent les sentiments plus doux de quasi apaisement, d’acceptation résignée face à son sort. Ainsi, d’une séquence à l’autre, on glisse de la douleur à la tendresse, du désespoir muet à la douceur de face à face avec ses proches (notamment sa grand mère qui sera la seule à être mise au courant de l’inéluctable). En une durée ramassée de 1H17, Ozon accompagne son personnage dans le cheminement âpre et poignant vers sa finitude. Cherchant à donner un sens aux derniers mois de sa courte existence, faisant la paix autour de lui, recentrant ses besoins vitaux et métaphoriquement revenir sur la plage de son enfance, s’allonger sur le sable et attendre que la fin vienne. Les élans de survie et de vie se trouvent dans les séquences de sexe (avec son amant ou plus curieusement avec un couple hétérosexuel qui jette leur dévolu sur lui pour les aider à « faire un enfant »). L’auteur de 8 Femmes n’use d’aucune démonstration intempestive de larmes ni de cris étouffés, son récit ressemble à une longue marche funèbre certes et qui cependant reste baignée de lumière jusqu’au bout.
Pour jouer ce personnage obligé de faire « le deuil de soi », Ozon dirige Melvil Poupaud, bouleversant avec un minimum d’effets, un jeu quasi introspectif convenant parfaitement à ce trentenaire bientôt promis à la mort. En à peine quinze minutes de présence, la grande Jeanne Moreau parvient à faire vivre la grand mère empathique et aimante avec une sorte de vérité indicible. Enfin, les rôles plus périphériques tenus par Valéria Bruni Tedeschi, Marie Rivière ou Daniel Duval apparaissent comme de précieux suppléments d’âmes, indispensables au cheminement personnel de Romain. Cet opus d’Ozon constitue une de ses oeuvres les plus simples, les plus ténues et les plus émouvantes de son parcours. A voir sans hésiter malgré la dureté de son pitch.
ANNEE DE PRODUCTION 2005.



