MADRE

Dix ans se sont écoulés depuis que le jeune fils d’Elena a disparu sur une plage. Dix ans que cette mère s’est installée tout près de l’hypothétique lieu du drame. Elle a semble t il continuer sa vie, mais anéantie par cette perte, elle erre et un jour, un adolescent pouvant ressembler à son fils va attirer son regard…

Le réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen, fort de ses deux précédents succès Qué Dios nos perdone et El Reino , confirme un incontestable talent avec ce drame passionnel intense. Dès les premières minutes, on est happé par la tension extrême, l’implacable écriture d’un script brillant, on pense rentrer dans un film policier, il n’en sera rien, on est emmené dans les profondeurs d’une tragédie humaine, ô combien douloureuse: la perte d’un enfant. Malgré ce décor extérieur naturel de bord de mer où la quiétude devrait régner, une pesante sensation de manque, de vide et de solitude nous étreint à travers le beau personnage de cette mère dévastée, au confins de la folie. Comme si le temps s’était arrêté, elle survit tel un fantôme, prisonnière d’un impossible deuil, et la mise en scène tranquille, assez lente accompagne ses actions, ses mouvements avec une grâce infinie. Le rapport qu’elle va entretenir bientôt avec un jeune adolescent, dans lequel elle voit évidemment son enfant tel qu’il serait à 16 ans, nage en eaux troubles et pourrait tomber dans le scabreux.

Le propos fait preuve d’une sensibilité rare en permanence et l’immense réussite est aussi attribuée à son actrice principale, Maria Neto , portant chaque plan sur ses épaules. D’une belle nuance de jeu, voguant entre tristesse, abattement et tutoyant même la folie par moments, elle a tout d’une grande comédienne. Cette mère en quête de reconstruction comme pivot central d’une histoire de résilience nous bouleverse infiniment. Le soupçon de désir « incestueux » parcoure une partie du film, mais l’on comprend bien vite que Sorogoyen joue avec l’ambivalence entre sentiment maternel et sentiment amoureux pour mieux enrichir son récit. En traitant de l’impalpable et indicible douleur qu’est le deuil d’un enfant, cette merveille se hisse très haut dans le cinéma espagnol. On sort de la salle chamboulé, le coeur serré.

ANNEE DE PRODUCTION 2020

REVIEW OVERVIEW

réalisation
scenario
interprétation

CONCLUSION

Gros coup de coeur pour ce magistral drame espagnol. Bouleversant.

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