Sarah Morton, auteur anglais de polars à succès, se rend en France dans le Luberon, dans la maison de son éditeur, pour se reposer et travailler. Mais une nuit, Julie, la fille française de ce dernier, débarque dans la demeure et vient perturber la quiétude de la romancière…
Un an après le colossal succès critique et public de Huit Femmes , François Ozon se lance dans une production beaucoup moins fun, plus opaque, plus cérébrale et ce Swimming Pool se situe quelque part entre le drame psychologique et le thriller vénéneux. Une écrivaine anglaise un peu coincée vient se ressourcer dans une belle maison du Lubéron afin d’y écrire son nouveau roman et rencontre la fille de son éditeur, une jolie blonde un peu nympho et délurée, bref son exact opposé! Ozon installe une atmosphère d’abord tranquille, solaire, avant d’insérer des éléments troublants, inquiétants, un désordre qui prend peu à peu de l’ampleur, et puis des petits riens qui viennent un peu plus nous interroger. Sommes nous dans la tête de cette romancière en quête d’inspiration? Le cinéaste s’amuse sûrement à nous inviter dans le délicat processus de création artistique, et bien sûr comme l’héroïne invente des intrigues de polar, son imagination peut aller très loin. L’ambiguité, le malaise, les silences prennent vite une importance prépondérante, creusant le mystère prégnant de cette piscine aux eaux bien troubles. Ces deux femmes, après avoir été froides et distantes, se rapprochent, se jaugent, s’apportent mutuellement quelque chose, comblant un vide intérieur. Ozon maitrise sa mise en scène avec beaucoup d’aplomb, créant un suspense raffiné, n’apportant pas toutes les réponses pour mieux nous perdre.
Après l’avoir fait renaitre de ses cendres dans le sublime Sous le Sable, Ozon dirige de nouveau Charlotte Rampling: nette, droite, toujours aussi superbe dans sa maturité. Et lui adjoint Ludivine Sagnier comme jeune partenaire (troisième collaboration avec elle): sexy en diable, bonne comédienne, présence sensuelle. Ce duo très attrayant apporte évidemment beaucoup d’épaisseur à ce récit insaisissable, proche du surréalisme et d’ailleurs Ozon fait un joli clin d’oeil au Tristana de Bunuel à quelques encablures d’un final volontairement sinueux, manière d’épaissir un peu plus le mystère. Et nous priver de toute certitude confortable.
ANNEE DE PRODUCTION 2003.



