Lorsque Miranda Wells quitte sa contrée natale pour rejoindre son cousin éloigné, Nicholas Van Ryn, tout semble se dérouler comme un rêve. Van Ryn, dernier descendant d’une riche famille hollandaise, a besoin d’une dame de compagnie pour sa fille. Puis, lorsque son épouse décède, il demande la main à Miranda avec l’espoir d’avoir un fils pour perpétuer la tradition de fermage.
Démarrage de la riche carrière du producteur scénariste et réalisateur Joseph L. Mankiewiscz par ce conte gothique sombre dans lequel on retrouve déjà en germe les thèmes qui seront sa marque de fabrique: la désillusion des héroïnes romanesques, l’obsession de descendance du héros (La Comtesse aux pieds nus et Soudain l’été dernier), la survenue d’événements inattendus par l’entremise d’une lettre (Chaines Conjugales). Le Château du dragon n’a pas encore l’excellence d’écriture des films futurs, cependant il sait installer une ambiance, décrire avec minutie ses personnages, les doter d’une psychologie consistante et complexe (chose souvent négligée dans les grands films de studio). Le script fait penser à Rebecca d’Hitchcock avec la venue d’une jeune femme de la campagne dans un bourg, où le châtelain du coin va vouloir l’épouser en cachant de lourds secrets sur son passé et sur sa personnalité. L’opposition de classes sociales sert aussi de sujet indirect, avec les lourdes traditions de l’aristocratie écrasant les rêves romantiques de la jeune héroïne naive. Emprunt d’un esprit inquiétant, le film oscille entre le drame psychologique et le fantastique, sans toutefois y tomber véritablement comme L’Aventure de Madame Muir. Au rayon des « faiblesses », sans doute peut on reprocher à Mankiewiscz l’utilisation trop systématique de la musique pour surligner ses intentions et l’abus d’une théâtralité prononcée.
Quant à la distribution, elle nous gratifie de la présence toujours charmante de la très belle Gene Tierney (qui a tout de même un peu de mal à passer pour une paysanne) et de Vincent Price, un acteur charismatique qui charge un peu la mule ici en odieux aristocrate, sans trouver de nuances dans son interprétation. En globalité, ce premier travail de cinéaste dépasse de loin bien des oeuvres médiocres de tant de réalisateurs américains moins doués, mais n’atteint toutefois pas le niveau très élevé de ses grands classiques que sont Eve ou La Comtesse aux pieds nus, pour ne citer qu’eux.
ANNEE DE PRODUCTION 1946.



