Afin de gagner 1000 dollars, un modeste vendeur propose à son patron de monter un gros coup publicitaire: l’escalade de la façade du grand magasin par l’un de ses amis, spécialiste des montées de gratte ciels. Cependant, un concours de circonstances va l’amener à escalader lui même le building.
Dans la décennie 1920, deux maitres absolus du burlesque se partageaient les faveurs de l’affiche: Charlie Chaplin et Buster Keaton. Au point de reléguer au second plan un autre comique non moins important, le jeune Harold Lloyd, maigrichon binoclard à l’air ahuri, qui trouve avec Monte Là Dessus (Safety Last en version originale) le graal absolu de sa carrière moins prestigieuse que ses deux acolytes cités plus haut. Démarrant sous les auspices d’une comédie bon enfant où le jeune héros part gagner sa vie en ville pour pouvoir assurer un avenir financier radieux à sa future promise, les gags s’enchainent à vitesse grand V, quasiment sans temps mort, grâce à l’élasticité impressionnante du comédien (moulinage de bras, corps désarticulé, souplesse remarquable des membres) dans des situations très amusantes. Mais le clou de l’intrigue se situe essentiellement dans le dernier tiers, lors de l’escalade d’un building, où il va rencontrer une foule d’obstacles (à chaque étage gravit, un élément extérieur complique son ascension et provoque rires francs et humour universel). La virtuosité technique du film doit être saluée, avec des trucages méritoires pour l’époque (Lloyd réalisa lui même la cascade, périlleuse au possible): bien sûr cette montée vers le ciel est une parabole à peine voilée de l’ascension sociale d’un petit employé « insignifiant » vers les cimes de la réussite et Monte Là Dessus se régale à épingler les rouages du système capitaliste (avec ses « sous fifres » et les patrons installés et hautains), sans omettre de livrer un irrésistible divertissement.
Tout l’art du muet consistait, à défaut de mots et de dialogues, de jouer sur la puissance de l’image et ici, le mouvement, l’élargissement du champ de vision, la course folle d’une caméra sans cesse alerte, accompagne la vertigineuse longue séquence devenue culte. Harold Lloyd reprendra cette idée géniale de monter au sommet d’un immeuble pour faire rire de nouveau le public dans ses autres métrages (A la Hauteur, Voyage vers le paradis), sans jamais atteindre le génie de celui ci. Il faut réhabiliter son talent unique, sa manière originale de faire bloc contre l’adversité et redonner à Lloyd la vraie place qu’il mérite dans l’histoire du cinéma. Plus de cent ans après!
ANNEE DE PRODUCTION 1923.



