Samuel Paty, professeur d’histoire et géographie dans un collège, est assassiné le 16 Octobre 2020 par un islamiste radical. Il avait précédemment assuré un cours sur la liberté d’expression et tenté d’expliquer à ses élèves les caricatures de Mahommet publiées par Charlie Hebdo…
Moins de six ans après la tragédie qui avait secoué la France entière, le cinéma s’empare du sujet (encore brûlant) pour restituer au plus près les faits tels qu’ils se sont produits et les 11 derniers jours du professeur Samuel Paty, assassiné pour avoir seulement fait son métier. Vincent Garenq, réalisateur de Au nom de ma fille (déjà une histoire vraie issue de l’Affaire Kalinka) et surtout de Présumé Innocent (sur l’Affaire Outreau) est aux commandes de ce film réalisé avec sobriété et honnêteté, respectant les différentes parties du dossier, des comptes rendus d’audience et du procès qui a suivi l’arrestation des personnes incriminées. La mise en scène, certes classique, s’en remet au récit stricto sensu, décrivant l’enchainement progressif des « événements » conduisant à l’issue fatale. De mensonges en manipulations, de rumeurs colportées en messages haineux et menaces en tous genres, le drame s’est noué par une sorte de mécanique implacable et par la négligence des pouvoirs publics, l’impuissance d’un système à anticiper des actes terroristes dits « isolés ». Sûrement soumis à un devoir de mémoire légitime et compréhensible, Garenq ne cède pas à une dramatisation outrancière pendant presque toute la durée de son film. Jusqu’à une fin qui peut susciter des réserves: en filmant ce qui s’est passé après l’assassinat, il tombe dans un voyeurisme malheureux qui, de surcroit, n’apporte rien au propos. Par exemple, montrer l’émotion collective et la sidération après l’horreur ne sert scénarisitiquement à rien, les médias se sont déjà largement chargés de cette « besogne ».
Antoine Reinartz incarne donc Samuel Paty avec une rectitude à saluer, tandis qu’Emmanuelle Bercot prête ses traits à la chef d’établissement confrontée aux menaces, tensions et intimidations, comme toujours elle s’applique à être la plus juste possible. En privilégiant l’aspect thriller tendu, L’Abandon délaisse toutefois les questions épineuses des rapports entre laïcité et école, l’école et le savoir étant d’ailleurs implicitement défendus avec force. On aurait peut être pu espérer une réflexion poussée sur le rôle négatif joué par les réseaux sociaux (c’est seulement effleuré). Il n’en demeure pas moins que le film est glaçant, tout en se voulant aussi un hommage au professeur, lui qui « n’aurait jamais imaginé rentrer dans les livres d’histoire » comme l’énonce sa voix off en préambule.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



