Manipulant et contrôlant les moindres détails de la vie de ses sujets, Big Brother est le chef spirituel d’Oceania, l’un des trois Etats dont la capitale est Londres. Le bureaucrate Winston Smith travaille dans l’un des départements. Mais un jour il tombe amoureux de Julia, ce qui est un crime. Tous les deux vont tenter de s’échapper, mais dans ce monde cauchemardesque divisé en trois, tout être qui se révolte est brisé.
Le bouquin écrit par George Orwell et publié en 1949 relève d’une oeuvre dystopique majeure, anticipant les sociétés étouffées par les systèmes totalitaires (bien que le nazisme et le fascisme avaient peu de temps avant déjà fait tristement vacillé le monde). 1984 traite aussi de la surveillance de masse, du contrôle des individus, et l’adaptation ciné livrée par le britannique Michael Radford en synthétise judicieusement les effets. Avec lenteur, froideur, et dans un but théorique assumé, le cinéaste colle au plus près du texte originel et de ses idées fortes (les conflits intérieurs de Winston, anti héros essayant de se rebeller, les moments intimes et érotiques avec la jeune fille qu’il rencontre). Ainsi, sa description quasi clinique du système totalitaire et de l’endoctrinement des masses trouve, grâce à des images puissantes, une belle façon de s’incarner. Comme Orwell, Radford rappelle qu’en « effaçant » la mémoire collective puis individuelle et en surveillant en permanence ses sujets, Big Brother, chef tout puissant, parvient à assoir une terreur constante, une main mise sur le libre arbitre d’autrui. Un bravo particulier au chef opérateur Robert Deakins dont le travail de photographie remarquable apporte beaucoup au propos de science fiction (lumières bleutés presque irréelles, décors sobres et fascinants à la fois). La pensée prophétique de 1984 n’a hélas pas pris une ride aujourd’hui encore entre la multiplication des guerres, l’explosion des télés réalités, la montée des extrêmes partout dans le monde.
Après des personnages inoubliables dans trois gros classiques du 7e Art (Midnight Express, Elephant Man et Alien), l’anglais John Hurt endosse le rôle principal avec une détermination louable (on croit d’ailleurs davantage à ses souffrances morales et physiques dans les scènes de torture qu’à ces ébats amoureux -il n’a en effet rien du jeune premier romantique). Suzanna Hamilton lui donne la réplique sans forcément convaincre tout à fait. Par contre, le casting s’enrichit carrément avec la dernière apparition du légendaire Richard Burton (il mourut à la toute fin du tournage), très inquiétant en O’Brien autoritaire et sadique. Cette fable intemporelle sur le Mal tapi dans l’ombre peut légitimement être saluée pour son passage positif à l’écran… même si le roman reste malgré tout supérieur.
ANNEE DE PRODUCTION 1984.



