Nourris de viande avariée, les marins du Potemkine se révoltent contre leurs dures conditions. Menés par Vakulinchuk, les marins tuent les officiers du navire pour gagner leur liberté. Vakulinchuk y perd aussi la vie et les habitants d’Odessa l’honorent comme un symbole de la révolution.
Longtemps considéré comme l’un des plus grands films du monde avec Citizen Kane et L’Aurore, Le Cuirassé Potemkine vient de fêter son centième anniversaire. Lors de la toute première Révolution russe en 1905, l’équipage du Potemkine se mutine contre ses officiers pour faire corps avec la révolte du peuple et ce mouvement de contestation finira hélas dans le sang avec l’intervention de l’armée tsariste. Ce deuxième long métrage de Sergei Eisenstein revient sur cette action à la fois individuelle et collective en décrivant au plus près l’oppression et la rébellion contre l’autocratie. Avec une esthétique alors inédite au temps du muet, un travail poussé sur les visages, les corps, les symboles, le mouvement de caméra et des prises de vue du navire sous des angles audacieux, mettant en valeur ses lignes et son pouvoir destructeur. L’élan qui pousse le peuple vers la liberté trouve son apogée dans la séquence la plus marquante (celle de l’escalier d’Odessa et du landau d’enfant dévalant les marches une à une), mais ne résumons pas le film à ce seul instant, car d’autres images fortes habitent nos mémoires (la viande infestée de vers, le visage du marin sacrifié pour ses convictions, les monocles du pouvoir militaire, le canon du navire menaçant). Le génie d’Eisenstein fut d’allier l’épopée humaine à une vision lyrique de la fraternité et ainsi de parler une langue universelle par la simple puissance visuelle. Pourtant, le film fut longtemps interdit dans certains pays occidentaux pour propagande bolchevique et incitation à la haine de classe.
Pas de vedettes ou d’acteurs centraux au profit d’un type social et politique: de cette manière, l’anonymat des soldats tirant sur la foule rejoint celui des « victimes » filmées en gros plan serrés (la mère de l’enfant, le cul de jatte et la femme au landau). Eisenstein a quasiment inventé à lui tout seul la rapidité extrême du montage, articulant des situations en un rythme effréné, donnant encore le tournis un siècle après! Son style consistait à abandonner l’idée d’individualité au profit de la solidarité de groupe et quand on observe ces marins de l’armée russe crier leur révolte, on vibre avec eux et on souhaiterait tant pareil soulèvement de la population contre le régime de Poutine aujourd’hui. L’inclusion du travelling -désormais si répandu dans le cinéma mondial et particulièrement à Hollywood- vient aussi d’Eisenstein, cinéaste soviétique idéaliste par excellence. Seul Griffith avant lui avait ainsi bousculé la grammaire cinématographique.
ANNEE DE PRODUCTION 1925.



