Le même jour, à trois cents kilomètres de distance, deux flics se voient confier deux affaires singulières. Le commissaire Pierre Niémans, homme d’expérience de l’anti-gang, possède un instinct sans faille mais cache de douloureuses angoisses. Il se rend à Guernon, une ville universitaire des Alpes, sur les lieux d’un meurtre avec mutilation. Max Kerkérian, ex-voleur de voitures vif et solitaire, a intégré les rangs de la police par amour de la nuit et du danger. Il enquête à Sarzac sur la profanation d’une tombe, celle d’une enfant disparue en 1982. Bientôt, les deux enquêtes se rejoignent et les meurtres se multiplient.
La décennie 90 fut certainement la plus fournie en polars vénéneux et autres thrillers poisseux, en tout cas aux Etats Unis: entre Bone Collector, Copycat, Le Silence des Agneaux et surtout l’indétrônable Seven, le public a eu de quoi passer de vraies nuits blanches! En France, cette mode commença à prendre peu après et notamment avec cette adaptation d’un roman de série noire signée Jean Christophe Grangé. Sous la houlette d’un des cinéastes les plus « in » après son triomphe de La Haine et son controversé Assassins, Mathieu Kassovitz. Plaçant son action dans une région enneigée et reculée des Alpes françaises, il pose déjà le curseur de l’angoisse avec une certaine habileté. Ensuite avec ses meurtres glauques et inventifs, il marche clairement sur les pas de Fincher et tente de déranger, d’intriguer le spectateur, curieux de suivre une enquête policière pleine de chausse trappes et de fausses pistes. Les Rivières Pourpres se perd quelque peu dans sa narration très tordue, multiplie les références et traite « deux » affaires en une, au risque dans son final de décontenancer ou de décevoir. Kassovitz se voit « obligé » de tout appuyer et d’expliquer en gros le pourquoi du comment pour terminer ce casse tête chinois sur fond de secte nazie ne disant pas son nom. Le plus réussi reste l’atmosphère malsaine, le moins les dialogues trop décalés et pas très bien servis.
Car le casting souffre d’une inégalité prononcée, entre un Jean Reno relativement correct en flic désabusé et vieillissant et son acolyte inexpérimenté joué par Vincent Cassel encore « alourdi » par sa prestation de La Haine, se traduisant par des tics de langage énervants et inappropriés. De plus, le seul gros rôle féminin revient à Nadia Farés dont on ne peut pas louer le grand talent: disons pour être charitables qu’elle propose un personnage bien trop limpide et rapidement « mis à jour ». Petite participation de Dominique Sanda lors d’une scène effrayante digne d’un film d’horreur. Kassovitz manie sa caméra avec dextérité pour les séquences d’action (les poursuites par exemple), mais en fait des tonnes dans le dénouement embourbé dans une avalanche digne d’un gros blockbuster amerloque. La BO de Bruno Coulais, en revanche, apporte à ses Rivières un côté macabre bienvenu.
ANNEE DE PRODUCTION 2000.



